Les médias en Russie
Le plus grand pays du monde a connu un « boom » médiatique tardif après la chute de La Pravda. Et l’Etat domine, encore aujourd'hui, le paysage. Panorama des médias Russes.
Portrait
Le plus grand pays du monde a connu un « boom » médiatique tardif après la chute de La Pravda. Et l’Etat domine, encore aujourd'hui, le paysage. Panorama des médias Russes.
Capitale : Moscou
Superficie : 17,1 millions de km²
Population : 138,7 millions d’habitants

Structure de la population
Structure par sexe
Hommes : 45,95 %
Femmes : 54,05 %
Structure par âge
0-14 ans : 15,2 %
15-64 ans : 71,8 %
65 ans et + : 13 %
Structure par emploi
Agriculture : 9,8 %
Industrie : 27,5 %
Services : 62,7 %
Taux de chômage : 6,8 %
Equipements
Lignes de téléphone : 45 millions
Téléphones mobiles : 238 millions
Utilisateurs Internet : 40,9 millions
Nombre de PC : 10,3 millions
La presse

Après les années d’or (1989-1991) de la sortie du communisme, qui ont vu le secteur de la presse littéralement explosé, la presse Russe a traversé une période de crise (1992-1993) pendant laquelle 500 titres ont mis la clé sous la porte. Aujourd’hui, s’il est difficile d’obtenir une vue d’ensemble de la presse Russe, on compte environ 21 000 journaux et plus de 10 000 revues (Ambassade de la Fédération de Russie en France).
Ces publications appartiennent, pour la plupart d’entre elles, à une dizaine de grands éditeurs Russes ou étrangers : Kommersant, Sanoma Independant Media (Finlandais), Hearst Shkulev Media (Américain, éditeur en Russie des titres Hachette Filipacchi), Burda (Allemand), Komsomolskaya Pravda, Conde Nast (Américain), BelTA (Biélorusse), Forward Media Group, Bauer Media (Allemand) et Moskovsky Komsomolets. Les titres ne dépendant pas de ces grands groupes de presse appartiennent, quant à eux, à des oligarques soucieux de s’offrir une tribune, ou, à l’opposé, à des groupes non-spécialistes de la presse mais proches du pouvoir (Gazprom étant le premier d’entre eux).
Côté contrôle de diffusion et d’audience, deux organismes jouent des rôles équivalents à ceux de l’OJD ou d’Audipresse en France. Le Service National de la Circulation (NCS) est responsable du suivi de la diffusion des journaux et magazines ; et la société TNS Gallup Media prend en charge le suivi de l’audience, la valeur référente étant le nombre de lecteurs moyen par numéro (AIR). Malheureusement, seule la moitié environ des journaux et magazines sont contrôlés par NCS, ce qui empêche une véritable visibilité du marché.
Les principaux titres :
Argumenty i Fakty
Le plus gros tirage (33 millions d’exemplaires) de la presse Russe. Hebdomadaire, il mélange analyse politique, interviews et conseils aux consommateurs. Fondé en 1978, il appartient à la banque Promsvyazbank. Diffusion : 2 750 000 ex (NCS, 2008)
Izvestia
Quotidien datant de l’époque soviétique, il est aujourd’hui la propriété de la compagnie d’assurance Sogaz, proche du pouvoir en place. C’est LE journal d’information Russe, bien que soupçonné de peu d’indépendance. Audience : 371 000 AIR (TNS Gallup, 2007)
Kommersant
Hebdomadaire à l’origine, Kommersant est aujourd’hui une marque média complète (quotidien, hebdomadaire, web, TV, radio) et constitue LE titre économique de référence des décideurs. Il appartient à Alisher Usmanov, magnat de l’acier et dirigeant d’une filiale de Gazprom. Diffusion du quotidien : 120 à 130 000 (source éditeur)
Komsomolskaïa Pravda
Quotidien datant de l’ère soviétique (1925), et destiné à l’époque à la jeunesse, il est aujourd’hui le tabloïd le plus vendu. Il appartient au groupe YeSN, autre géant de l’énergie. Diffusion : 660 000 (NCS, 2008).
Moskovski Komsomolets
Avant tout le quotidien des Moscovites, il se décline en de multiples éditions régionales ainsi que dans les ex-Républiques soviétiques. Il appartient en grande partie à son rédacteur en chef, Pavel Gusev. Audience : 1 215 000 AIR (TNS Gallup, 2007).
Nezavissimaïa Gazeta
Ex-journal de l’opposant Boris Berezovsky, ce quotidien haut de gamme est la référence des intellectuels, hommes d’affaires et hommes politiques Russes. Journal d’actualité, il est complété, chaque semaine, par des suppléments scientifiques, régionaux, économiques et diplomatiques. Il appartient à son rédacteur en chef Konstantin Remchukov. Audience (Moscou uniquement) : 70 000 AIR (TNS Gallup, 2007).
Novaïa Gazeta
Bi-hebdomadaire d’investigation, il était le journal d’Anna Politkovskaïa et est encore aujourd’hui considéré comme un titre d’opposition par le pouvoir en place. Il appartient pour moitié à son personnel, et pour moitié à Alexandre Lebedev et Mikhaïl Gorbatchev. Diffusion : 171 000 ex (NCS, 2007).
Rossiyskaya Gazeta
Quotidien, organe officiel du gouvernement, il publie l’ensemble des nouveaux textes de loi et traite de l’actualité gouvernementale. Audience : 638 000 AIR (TNS Gallup, 2007).
Trud
Organe officiel du mouvement syndical sous l’ère soviétique, il est aujourd’hui un tabloïd traitant de faits divers et d’entertainment. Il appartient à la banque Promsvyazbank et à Gazprom. Audience : 375 000 AIR (TNS Gallup, 2007).
Vedomosti
Quotidien économique concurrent de Kommersant, il est le fruit d’une collaboration entre le groupe Sanoma, le Wall Street Journal et le Financial Times. Audience : 239 000 AIR (TNS Gallup, 2007).
La télévision

Si la Russie soviétique fut un des premiers pays au monde à se lancer dans la télévision, celle-ci n’était alors, et ce jusqu’en 1991, qu’un organe d’expression du pouvoir. Avec la fin de l’URSS, le média s’est peu à peu libéré du carcan dont il était prisonnier, même s’il reste, encore aujourd’hui, largement dominé par le secteur public : les initiatives privées ne manquent pas, mais seule la télévision d’état couvre la totalité du territoire ; et s’en affranchir reste économiquement compliqué pour les téléspectateurs Russes.
La première chaîne, ex-ORT (Obshchestvennoe Rossiyskoye Televidenie) et First Channel (Perviy Kanal) depuis 2002, appartient pour 51 % à l’Etat et pour 49 % à un consortium bancaire. Elle est la seule à être accessible dans l’ensemble du pays et arrive donc, forcément… en tête des audiences. Généraliste, elle diffuse majoritairement des programmes d’information et des émissions culturelles.
La seconde chaîne, Rossiya 1, appartient à l’organe fédéral Radio Télévision de Russie (RTR). Elle touche 99 % du territoire et arrive au second rang des audiences. Elle est également généraliste, mais fonde son succès sur la diffusion de télé novelas.
La troisième chaîne, Rossiya K, appartient également à RTR. C’est la chaîne publique culturelle, avec documentaires, émissions littéraires, films et séries.
Arrive ensuite NTV, dont le cas est un peu particulier : première chaîne privée, elle a été progressivement rachetée par Gazprom… qui appartient à l’Etat. Elle talonne, en audience, les deux premières chaînes, et est aujourd’hui une généraliste faisant une large place à l’information et au sport. NTV est, en quelque sorte, la vitrine de la télévision Russe dans le monde.
À côté de ces quatre chaînes publiques ou semi-publiques, la télévision privée creuse peu à peu son sillon. TVC, l’ancienne télévision de Moscou, diffuse dans 79 régions et touche 57 % des téléspectateurs. Elle reste sous l’influence de la municipalité de Moscou et sa programmation paraît chaotique avec un mélange d’informations, de programmes éducatifs et de séries. REN TV, copropriété de RTL Group et de géants russes de l’énergie, est la chaîne des jeunes urbains, avec un mélange de divertissements, de séries étrangères, de sport et de musique. TNT TV, la chaîne qui monte, s’adresse aux jeunes actifs en faisant la part belle aux émissions de télé-réalité. Et CTC, réseau en pleine croissance, mélange divertissements, sitcoms et talk-shows.
Réseaux câblés et satellitaires, TNT et télévisions régionales ou étrangères se développent également mais ne représentent pour l’instant que de faibles audiences.
La radio
Si la radio Russe s’est libéralisée plus vite que la télévision, le réseau public RTR domine là encore le paysage avec deux réseaux nationaux accessibles dans tout le pays. Gazprom, pour sa part, détient un troisième réseau. En tout, on compte 2 400 stations publiques ou commerciales à travers le pays.
Nicolas Priou
