| Les nouveaux voyageurs
Hier, les touristes réclamaient des plages de rêve, du folklore et de la tranquillité. Aujourd'hui, avec la prise de conscience de plus en plus grande des problèmes environnementaux et sociaux engendrés par le simple fait de voyager et de visiter un pays, certains demandent plus. Untel de souhaiter que les organismes et sociétés avec lesquels il voyage soient respectueux de l'environnement et des populations locales. Tel autre d'exiger de pouvoir être confronté avec la « vraie vie » du pays visité en rencontrant les autochtones et en se frottant aux difficultés sociales. Tel troisième de vouloir voyager tout en étant utile.
Un tourisme véritablement impactant
La raison d'être du tourisme durable, c'est d'abord et avant tout la réalité de l'impact des activités touristiques sur l'environnement pris au sens large, c'est-à-dire aussi bien leurs conséquences sur la planète que les problèmes sociaux qu'elles engendrent. Côté impacts sur la planète, les choses sont claires : selon l'Ademe, le tourisme est responsable de 8 à 9 % des émissions de gaz à effet de serre sur le territoire français, les deux premiers postes de ces dépenses étant les transports et les bâtiments. Si l'on extrapole au niveau mondial, avec 900 millions de touristes internationaux en 2007, et 1,6 milliards prévus à l'horizon 2020 (OMT), il n'est pas difficile d'imaginer l'énorme impact de l'activité sur le climat, uniquement du point de vue de son bilan carbone. Et le CO2 n'est pas la seule source d'inquiétude ! Entre autres exemples, on sait qu'en Espagne, un touriste utilise 440 litres d'eau par jour, soit quasiment le double de la consommation l'Espagnol moyen (Unesco). Question déchets, le bilan n'est pas meilleur : alors que dans une commune française moyenne, un habitant produit 392 kg de déchets annuels ; ce chiffre s'élève à 496 kg dans une commune touristique (Ifen-Ademe-Scees). Les océans eux-mêmes ne sont pas épargnés, puisque selon la Surfrider Foundation, 20 % des plages françaises seraient déclassées en qualité et 33 interdites de fréquentation si l'on appliquait aujourd'hui la directive européenne sur la qualité des eaux de baignade prévue pour 2015.
Ce qui est clair pour les impacts environnementaux l'est moins du point de vue des impacts sociaux. Car le tourisme est une activité rentable et génératrice d'emplois : c'est le premier secteur employeur dans l'économie internationale, et il génère quelques 10 % du PIB mondial. Pour les 40 pays les plus pauvres du monde, l'activité représente même la deuxième source de devises, juste après l'exploitation pétrolière (Ties) ! Le hic, c'est que toute cette richesse créée est bien mal redistribuée... 80 % des dépenses effectuées dans le cadre de circuits « all-inclusive » vont aux compagnies d'aviation, aux chaînes d'hôtels et autres grosses entreprises plutôt que de bénéficier directement aux habitants des pays visités. Et plus globalement, quand un touriste dépense 100 euros, 20 seulement reviennent aux pays les moins développés. Si l'on ajoute à cela les problèmes d'exploitation sexuelle dans certains pays visités ou encore la concurrence sur les ressources que représente le visiteur d'un pays sur les autochtones ; on comprend mieux en quoi les voyageurs, souvent considérés comme des « porte-monnaie ambulants », peuvent au contraire être sources de misères pour les populations qui les accueillent.

Définition du tourisme durable
L'Organisation Mondiale du Tourisme définit ainsi le tourisme durable : « le développement touristique durable satisfait les besoins actuels des touristes et des régions d?accueil tout en protégeant et en améliorant les perspectives pour l'avenir. Il est vu comme menant à la gestion de toutes les ressources de telle sorte que les besoins économiques, sociaux et esthétiques puissent être satisfaits tout en maintenant l'intégrité culturelle, les processus écologiques essentiels, la diversité biologique, et les systèmes vivants. »
Cette nouvelle forme de voyage ne vise donc pas uniquement à éviter les impacts négatifs de l'activité touristique sur la planète, mais bien à profiter de cette activité pour qu'elle devienne un véritable facteur de développement dans les régions visitées. Autrement dit par l'Association Française d'Ecotourisme, le tourisme durable : « comporte une part d'éducation et d'interprétation de l'environnement », « est généralement organisé pour des groupes restreints par de petites entreprises locales spécialisées », et « favorise la protection des zones naturelles, et veille au bien être des populations locales : en procurant des avantages économiques aux communautés d'accueil, aux organismes et aux administrations qui veillent à la préservation des zones naturelles ; en créant des emplois et des sources de revenus pour les populations locales ; en favorisant une prise de conscience chez les habitants du pays d'accueil comme chez les touristes, de la nécessité de préserver le capital naturel et culturel. »
Les labels du tourisme durable
Comme souvent en matière de consommation éthique, un certain nombre de labels ont été créés afin de permettre aux différents acteurs et à différentes marques adhérentes au principe du tourisme durable de gagner en visibilité. Huit d'entre eux, concernant l'hébergement et les voyagistes, sont mis en avant par Voyagespourlaplanete.com, guide spécialisé dans le tourisme responsable.
Hébergement :
- Ecolabel Européen : il certifie plus d'une vingtaine de produits et services en garantissant de faibles impacts environnementaux tout au long de leur cycle de vie. Concrètement, les lieux labellisés consomment moins d'énergie et d'eau, trient leurs déchets et engagent leurs clients à trier, utilisent un minimum de produits d'entretien polluants, traitent leurs eaux résiduelles pour les campings,...
- La Clef Verte : label danois présent en Europe et en Afrique du Nord. Il couronne une démarche environnementale volontaire, et met en avant une politique de projets impliquant les fournisseurs, une démarche éducative envers les employés comme envers les clients, une gestion de l'eau, de l'énergie et des déchets raisonnée, des aménagements de terrains de camping respectueux de l'environnement ;
- Green Globe 21 : label international qui récompense les hôtels et agences pour une bonne gestion environnementale et sociale, présent principalement en Asie pacifique et en Amérique Centrale ;
- Ecogîtes : label créé par la fédération PACA des gîtes de France, il certifie sur tout le territoire les gîtes les plus soucieux de la préservation de l'environnement ;
- Hôtels au Naturel : label certifiant des hôtels 2 ou 3 étoiles situés dans les Parcs naturels régionaux de France et répondant à des critères d'économies d'énergie, d'eau, de papier, et de limitation de l'usage de produits d'entretien polluants ;
- Gîtes Panda WWF : label certifiant des gîtes situés dans les Parcs naturels régionaux de France, répondant à des critères d'environnement naturel de qualité, d'équipements d'observation de la nature, et de préservation de l'environnement.
Voyagistes :
- Ates (Association pour le tourisme équitable et solidaire) : association fédérant des acteurs du tourisme soucieux du développement local et répondant aux exigences du tourisme durable.
- Atr (Agir pour un tourisme responsable) : label certifiant des opérateurs touristiques répondant à des critères d'authenticité des séjours proposés, de bonne répartition des retombées économiques, de respect des usages et différences culturelles des régions d'accueil, de respect de l'environnement et du patrimoine naturel et culturel, d'information transparente et sincère.
Les Français et le tourisme durable
A travers une étude annuelle fouillée, TNS SOFRES mesure chaque année depuis 2007 la proximité des français à la notion de tourisme responsable. La mouture 2009 donne lieu à 5 grandes conclusions :
- les voyageurs français semblent intéressés par le tourisme responsable mais manquent d'information ;
- la notion même peut revêtir plusieurs sens très différents selon la personne à qui l'on s'adresse ;
- 7 voyageurs sur 10 sont prêts à faire un voyage responsable ;
- l'offre et les labels restent méconnus ;
- la notion de responsabilité sociale est aussi importante pour les Français que la notion de respect de l'environnement.
Cinq familles ont été définies par TNS SOFRES à partir des réponses obtenues :
Les partisans (40 %) :
Ils ont, quelque soit le domaine abordé, une forte sensibilité écologique. Attentifs au problème du changement climatique, ils se disent prêts, par exemple, à compenser leurs émissions de CO2 lorsqu'ils voyagent (82 %). Adeptes des transports en commun (55 %), ils trient leurs déchets (92 %), économisent l'eau (8 2%), évitent les sacs en plastiques (77 %) et sont parmi les rares à penser à rapporter leurs piles usagées chez les revendeurs (82 %). Il est important pour eux d'utiliser des appareils économes en énergie (92 %). Leur consommation est plus raisonnée que la moyenne puisqu'ils achètent régulièrement des produits bio (33%), des produits issus du commerce équitable (38%) et systématiquement des fruits et légumes de saison (49 %).
En terme de voyages, les partisans affectionnent sortir des sentiers battus (48 %), recherchent le dépaysement (62 %) et aiment échanger avec les populations des régions qu'ils visitent (72 %). Adeptes de la randonnée (41 %), ils recherchent plus les voyages respectueux de l'environnement (61 %) que le confort (21 %). Et s'ils sont prêts à économiser pour le séjour de leurs rêves (40 %), ils préfèrent les formules « all-inclusives » sans dépenses imprévues (36 %).
Prêt d'un tiers (31 %) de cette catégorie a déjà voyagé responsable, et autant (36 %) sont prêts à le faire, même si l'offre actuelle de tourisme responsable ne paraît pas encore très attrayante (seuls 24 % disent qu'elle « donne envie de partir »). L'intérêt pour cette forme, en tous cas, est bien là (84 %). Leur définition du tourisme responsable : respecter le patrimoine, la culture et les populations locales (93 %), choisir le mode de transport le moins polluant (69 %), respecter l'environnement (60 %), faire des rencontres (67 %), participer à un chantier ou faire du bénévolat (20 %) et partir sans forcément passer par une agence (17 %). Ce qui les inciteraient à voyager responsable plus souvent : la garantie d'un séjour inoubliable (92 %), un label reconnu (70 %), connaître les bénéfices du voyage (70 %), l'authenticité (63 %), et conserver leur style de voyage (53 %).
Les écolos au quotidien (20 %, dominante de femmes avec 64 %) :
Ils ont, eux aussi, une forte sensibilité écologique. Ils trient leurs déchets au quotidien (90 %) et pensent à rapporter leurs piles usagées chez les revendeurs (82 %). Ils sont, bizarrement, moins nombreux que la moyenne à utiliser des appareils économes en énergie (46 %). Si, dans le discours, ils pensent qu'il faut privilégier les transports en commun (71 %), la moitié d'entre eux ne le fait que de temps en temps (42 %).
En terme de voyages, ils ne sont pas prêts à économiser pour la destination de leur rêve (16 %). Ils sont aussi moins tentés par les séjours hors des sentiers battus (16 %), moins attirés par le dépaysement (36 %) ou les voyages respectueux de la nature (14 %).
L'intérêt pour le tourisme responsable est moins présent chez les écolos au quotidien que chez les partisans (69 %). Et leur intention de voyager durable est plutôt faible : seuls 16 % d'entre eux le feraient certainement. Du coup, les intentions de respect des critères du tourisme responsable sont, elles aussi, plutôt faibles : 45 % seulement sont disposés à l'échange avec les populations rencontrées, 37 % à choisir une prestation de voyage responsable, 30 % à privilégier les transports moins polluants, 20 % à participer bénévolement à une action sociale ou environnementale... Bref, pour eux, le durable c'est à la maison, mais pas en vacances !
Les débutants écolos (16 %) :
S'ils ont bien été sensibilisés à la gestion des déchets ? 88 % trient systématiquement ? ils ne sont pas outre-mesure dans l'écologie quotidienne : ils ne jugent pas important de privilégier les transports en commun (95 %) et seuls 37 % d'entre eux le font de temps en temps. Ils achètent moins de produits bios que la moyenne (60 % au moins de temps en temps), et moins de produits du commerce équitable (71 % de temps en temps).
En terme de voyages, ils mettent, plus que la moyenne, l'accent sur le confort (36 %).
Du coup, leur intérêt pour le tourisme responsable est moins élevé que la moyenne (64 %), et s'ils sont prêts, lors de leurs séjours, à faire des efforts sur la consommation d'eau ou le tri des déchets ; ils ne souhaitent pas particulièrement rencontrer les habitants des régions visitées ni se lancer dans le bénévolat.
Les individualistes (18 %, dominante de gros voyageurs en France) :
Bien que sensibles aux problèmes de changement climatique, ils ne sont pas très écologiquement corrects au quotidien : seuls 5 % trouvent important de trier les déchets et 13 % d'utiliser des appareils à faible consommation d'énergie.
En terme de voyage, ils sont peu attirés par tout ce qui fait le charme du tourisme durable : seuls 23% sont prêts à échanger avec la population locale, 21 % à rechercher le dépaysement, 14 % à sortir des sentiers battus, 13 % à rechercher des séjours respectueux de la nature et 11 % à faire des randonnées. Ils sont également moins attirés que la moyenne par les séjours organisés (8 %) et les formules tout compris (9 %).
Si les individualistes montrent malgré tout un certain intérêt déclaratif pour le tourisme responsable (74 %) et une certaine intention de départ (23 % de ceux qui connaissent la notion) ; ils sont moins disposés que la moyenne à faire des efforts : agir responsable comme au quotidien (49 %), choisir une agence labellisée (38 %) ou privilégier le moyen de transport le moins polluant (36 %).
Les isolés (8%, dominante d'hommes avec 63 %) :
Comme leur nom l'indique, ils semblent totalement en dehors du monde : insensibles au changement climatique (seuls 4 % y attachent de l'importance), ils ne trient pas, ne prennent pas les transports en commun et n'économisent rien ! Ils sont donc, logiquement, moins disposés à compenser leurs émissions de CO2 que la moyenne (34 %).
Comme pour les individualistes, les notions inhérentes au tourisme durable ne les attirent pas : seuls 19 % recherchent le dépaysement, 11 % les voyages respectueux de la nature, 9 % les randonnées et les séjours hors des sentiers battus.
Rien d'étonnant dès lors à ce que seuls 35 % des isolés soient familiers avec la notion de tourisme responsable. De même, seuls 10 % de ces derniers affichent l'intention d'adopter ce mode de voyage.
Nicolas
Priou
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