Les
chaînes locales préparent leur arrivée sur la
TNT
Les
chaînes locales vont enfin pouvoir s’étendre ! Le
Conseil Supérieur de l'Audiovisuel est en train d’organiser,
dans chaque région, la diffusion sur la TNT d’une ou plusieurs
chaînes locales gratuites. Et c’est l'Île-de-France
qui ouvre le bal. Là même où la télévision
locale n’a jamais réussi à s'installer. Ce sont
donc 4 nouvelles chaînes régionales qui devraient voir
le jour dès l'automne 2007 à Paris et dans sa banlieue.
De nombreux opérateurs historiques ont répondu à
l’appel du CSA, alléchés par un marché publicitaire
que l’on promet juteux. Après la procédure francilienne,
les Sages vont lancer des appels d'offres région par région.
En province, les chaînes locales hertziennes déjà
existantes espèrent profiter de cette nouvelle diffusion pour
gagner en visibilité et accroître leurs recettes publicitaires.
Sous-exploitée, la télévision locale est l’une
des dernières niches télévisuelles appelées
à se développer. Alors que le CSA auditionne ces jours-ci
les candidats franciliens, voici quelques clés pour comprendre
les enjeux de la régionalisation de la télévision.
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28
candidats en lisse pour Paris
Parmi
les 28 candidats encore en lisse, on retrouve des acteurs
classiques du PAF : BFM qui propose BFM Paris TV, NRJ et
Telif qui s'associent pour LTF, TF1 en partenariat avec
la Poste pour C22 La Chaîne francilienne, Hersant
Médias qui veut lancer Côté Seine avec
Lagardère, Coriolis et la Caisse d'épargne,
Trace Paris (Trace Paris-Île-de-France), le magazine
Technikart est présent via le projet 75 bis, France
Soir souhaiterait lancer France Soir TV), Equidia (Equidia
Île-de-France) ou Jean-Luc Azoulay (IDF 1)
D'autres sociétés ont également déposé
un dossier : la société Cofites (pour le projet
IF TV), ILM (La Locale TNT), T1K (T1K), Pétal Production
(Pétal), Delaporte-Digard (Buddhachannel), Générations.TNT
(Générations TNT), Showcase Holding (Rendez-vous
TV), Profils (Grand Paris TV), Parisii Images (TVPI, Télévision
Paris Île-de-France) et Demain (Demain IDF).
On compte aussi 9 projets déposés par des
associations : Handivision, Bocal, Ondes sans frontières,
Banlieue du monde, Cinaps TV, Zaléa TV, IDF TV, Nouveaux-mondes
et Télévision sans frontières.
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Cet
automne, les Franciliens vont enfin découvrir ce qu'est une chaîne
de télévision locale. Quatre nouvelles chaînes qui
parleront d'eux, de leur ville, de leur patrimoine culturel, de l'aménagement
de leur territoire seront émises gratuitement en numérique
dans toute l'Île-de-France pour tous les foyers équipés
en TNT. Spécificité francilienne, il n’y avait jusqu'alors
aucune chaîne locale digne de ce nom à Paris et dans ses
environs. Les chaînes qui obtiendront cet été une
autorisation du CSA pour émettre en numérique se lanceront
dans un nouveau marché. Et, avec 11,5 millions d'habitants, l’Île-de-France
a toutes les raisons d’attiser les convoitises. 29 candidats ont
répondu à l'appel d'offre lancé par le CSA [voir
encadré]. Les uns après les autres, ils sont entendus
depuis lundi 26 mars et jusqu'au 4 avril. Shtonk, un des premiers candidats
attendus par les Sages, a préféré jeter l'éponge
avant son audition.
Parmi les 28 encore en lisse, on trouve de tout. Une dizaine d'associations,
une vingtaine de sociétés, des structures connues ou non,
sérieuses ou pas du tout. Les ténors des médias
ne se sont pas précipités sur ce marché. L'heure
n'est pas à l'investissement, même stratégique.
TF1 a tout de même déposé, avec La Poste, un projet
de chaîne généraliste baptisée C22. NRJ souhaite
lancer LTF, une chaîne approvisionnée éditorialement
par les chaînes locales du réseau Telif. Hersant Médias
(en association avec Lagardère, la Caisse d'épargne et
Coriolis), BFM, Trace Paris, Equidia, France Soir, Jean-Luc Azoulay
ou encore le mensuel Technikart ont également déposé
des candidatures.
Un
marché publicitaire limité
Les
heureux élus espèrent s'appuyer sur un marché publicitaire
estimé à 35 millions d'euros annuels, d'ici 2012. "C'est
le haut de la fourchette d'estimation, tempère Cédric
Gérard, Directeur Général de TLR, la régie
des télés locales. Mais ces recettes publicitaires devront
être partagées entre 4 chaînes. C'est trop ! Le marché
publicitaire local est un marché difficile : il n'y a de la place
que pour deux chaînes régionales proprement dit. Les deux
autres chaînes doivent miser sur d'autres segments". Certains
projets déposés répondent à cette préoccupation
de deuxième segment. Celui de la chaîne Equidia, par exemple,
est basé sur la retransmission de courses hippiques. Cette chaîne
ne souhaite occuper un canal que pendant la journée. Le projet
BFM TV propose en journée de l’information financière
depuis la bourse de Paris et le soir et le matin des programmes régionaux.
Pour Remy Dupont, consultant spécialisé en télévision
locale chez NPA Conseil, le CSA peut garantir un équilibre du
marché en attribuant une licence à une association. «
Deux projets solides ont été déposés par
des associations. Cela fait 20 ans que l’on parle de télévision
associative et pour la première fois le CSA peut réellement
attribuer un canal à une structure non-commerciale dotée
d‘un budget de quelques dizaines de milliers d’euros ! »
Si le CSA décompte trois projets très solides, Remy Dupont
estime que pour la 4e licence c'est « LA solution ».

Olivier
Laouchez, P.-D.G. de Trace TV
"Avoir les reins solides pour s'imposer"
Olivier
Laouchez préside Trace TV, la chaîne
musicale payante dédiée aux nouvelles
générations urbaines. Il a déposé
un projet de chaîne régionale. À
quelques jours de son grand oral devant le CSA il
a expliqué son projet à Tarif Media
et a livré son analyse face à l'extension
de ce média.
Tarif
Media : Vous souhaitez lancer Trace Paris Île-de-France
sur la TNT régionale. Il s'agit d'une nouvelle
chaîne, ou d'une déclinaison de Trace
?
Olivier Laouchez : Non il s'agit bien d'une nouvelle
chaîne. Trace Paris-Île-de-France sera
une chaîne gratuite que je souhaite générationnelle,
urbaine et multiculturelle. Nous traiterons évidemment
toute l'information de la région dans de
nombreux journaux télévisés.
Le reste de la grille mélangera des cases
d'expression citoyenne et de divertissements. L’ensemble
de la grille sera organisée autour de 5 unités
: réussite, vivre ensemble, territoires,
musique et bien être. La chaîne s’adressa
principalement aux 15/49 ans et tiendra compte de
la réalité démographique des
Franciliens.
TM
: Quels atouts allez-vous mettre en avant devant
le CSA ?
OL : Nous allons présenter un projet solide
préparé par des pionniers de la télévision
locale. J'ai monté Antilles Télévisions
en 1993 et mes associés, André Campana
et Jean-Charles Eleb, ont créé TV8
Mont Blanc et TLM. Nous avons une grande expérience
de la télévision locale. De plus,
notre projet s'appuie sur un groupe solide. Trace
TV est diffusé dans 97 pays et est rentable
depuis 2006. On peut dire que notre
société a les reins solides puisqu'elle
a dégagé en 2006 un chiffre d'affaires
positif (5,5 M€).
TM
: Combien allez-vous investir sur ce projet ?
OL : Nous allons investir 5 millions
d'euros dans cette chaîne. Nous misons sur
une rentabilité dès la 4e année.
Nous prévoyons de capter 25 % du marché
publicitaire en Île-de-France qui est estimé
à 35 millions d'euros. Mais la réussite
d’une bonne chaîne ne tient pas dans
son budget mais dans son concept.
TM
: Que pensez-vous de la candidature des grands acteurs
du marché télévisé (TF1,
Lagardère, NRJ…) ?
OL : Il serait suicidaire de monter
une chaîne en partant de zéro. Il faut
certes des groupes solides mais il faut surtout
une expérience de télévision
locale pour pouvoir trouver son public. Je ne suis
pas sûr que tous les candidats aient cette
culture de proximité… Je pense aussi
que certaines entreprises vont diffuser des programmes
low cost, parce qu'il est difficile de faire admettre
à ses actionnaires une activité déficitaire
pendant les trois premières années,
surtout quand on est coté en bourse.
TM
: Craigniez-vous leur domination sur le marché
publicitaire ?
OL : Oui et non. Notre régie
sera gérée à la fois en interne
par Trace mais aussi par France Télévisions
Publicité. Elle sera compétitive mais
si TF1 présente un dossier c'est pour gagner
de l'argent. Si elle obtient une licence, elle va
truster à elle seule la moitié du
marché et va écraser les autres chaînes.
Mais je fais confiance à la grande sagesse
du CSA pour garantir le pluralisme de l’audiovisuel. |
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Diagnostique
partagé par les plus petites structures. D’un point de
vue publicitaire, ces derniers redoutent la mainmise des opérateurs
historiques sur le futur marché. Olivier Laouchez, P.-D.G. de
Trace TV, prévient : "Si TF1 obtient une licence, elle va
truster à elle seule la moitié du marché."
[Voir encadré] Or, son projet, comme les autres, mise sur un
partage égal des recettes publicitaires.
Le CSA doit donc résoudre une équation difficile. Les
Sages vont devoir choisir des projets financièrement viables,
respecter l'équilibre futurs entre les chaînes régionales
et, surtout, de garantir le pluralisme (unanimement souhaité
après l'attribution par le législateur de canaux bonus
à TF1, M6 et Canal+). Sur ce dernier point, le CSA et son nouveau
président, Michel Boyon, sont attendus au tournant.
Des
chaînes d’access
Le CSA ne pourra pas s'appuyer, comme pour la TNT nationale,
sur des thématiques. Car il sera difficile pour les chaînes
locales d'afficher leurs différences. Les chaînes vont
devoir appliquer les codes du genre et programmer des JT d'informations
locales, des magazines de proximité, des points de circulation,
des plages d’expression directe, etc. Tout est question de dosage.
Certaines avancent leur dimension culturelle quand d'autres vantent
la défense de la diversité ou l'écologie.
Il est d'autant plus compliqué de faire varier les lignes éditoriales
que la cible d’une télé locale est la même
pour tous : les actifs urbains de 25-49 ans. « La particularité
de la cible des télé locales c’est que le public
est autant CSP+ que CSP-, analyse Cédric Gérard. Contrairement
à ce que l’on pourrait penser, la quantité de CSP+
n’est pas négligeable. Il y a également, comme dans
toute chaîne, une part importante de plus de 50 ans. »
45% de l’audience des chaînes est réalisée
en access prime time, case ô combien concurrentielle. «
C’est là qu’est diffusé le grand rendez-vous
d’actualité locale souvent en décalé par
rapport aux programmes de France 3 Régions », indique Cédric
Gérard. Une récente étude de Médiamétrie
pour la régie des Télévisions Locales et Régionales,
montre sur 10 chaînes hertziennes locales, l’audience cumulée
triple entre 17h00 et 20h30 par rapport à l'ensemble de la grille.
Plus précisément, les pics sont enregistrés entre
18 et 19 heures.
Sur cette tranche horaire, les chaînes régionales vont
chercher à concurrencer les décrochages régionaux
de France 3, très fédérateur en terme d'audience.
Mais les 13 antennes régionales de la chaîne publique sont
déjà diffusées sur la TNT depuis son lancement.
Un "atout fondamental" de France 3 par rapport aux futures
nouvelles chaînes, reconnaît Valérie Manzic, à
la direction de la communication de la chaîne.
«
Notre logique de développement »
Après
Paris, le CSA devrait s’attaquer aux autres régions dans
un planning qui n'a pas été encore dévoilé.
Dans chacune d’elles, une ou deux chaînes locales maximum
devraient être autorisées à émettre. La procédure
devrait être plus simple car des chaînes existent et certaines
sont des succès incontestables. « Nous sommes bien évidemment
intéressés par une diffusion sur la TNT. C’est la
logique de notre stratégie de développement », indique
un responsable de TV7 Bordeaux.
Le lancement des chaînes franciliennes devrait permettre de multiplier
les syndications de programmes TV face à France 3 qui n'hésite
pas à regrouper ses régions sur certains évènements.
En novembre dernier, Syn.tv organisait la diffusion de la série
« 24 Heures Chrono » sur dix chaînes locales. Ce type
d’opérations est amené à se multiplier surtout
si les budgets alloués aux programmes augmentent en même
temps que les gains publicitaires.
Dans les mois à venir, les chaînes locales déjà
existantes vont animer la télévision. Leur salut dépendra
de la réussite de leurs sœurs parisiennes mais la diffusion
sur la TNT devrait toutefois leur permettre de fidéliser leurs
téléspectateurs, de gagner en visibilité et d'augmenter
leurs recettes publicitaires. Les régies locales pourront ainsi
développer des offres plus ciblées. En devenant des acteurs
prospères économiquement, les chaînes locales pourront
même obtenir cette reconnaissance si longtemps espérée.
Benoît
Daragon
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