DOSSIER : SPORTS EXTREMES   
Les tribus des sports extrêmes

La plus populaire des familles des sports extrêmes, aussi bien du point de vue du nombre de pratiquants que de celui de la médiatisation, est celle de la glisse. Elle regroupe un certain nombre de disciplines qui découlent toutes plus ou moins du surf : le surf donc, mais aussi le bodyboard*, le windsurf*, le kitesurf* (cf plus bas), le wakeboard*, … Ces sports, au-delà de leurs différences, partagent ce que l'on peut appeler "l'attitude glisse" et leurs pratiquants ont un certain nombre de points communs.
Jeunes, âgés de 15 à 34 ans : une étude de lectorat réalisée par le magazine Trip Surf en 2001 indique que 69,5 % des surfers ont moins de 25 ans et 90,9 % entre 15 et 34 ans. Ce sont principalement des hommes : 80 à 85 % selon Surf Session, même si ces différents sports semblent séduire de plus en plus de femmes.
Issus d'un milieu relativement aisé et urbain, ces pratiquants sont étudiants, cadres ou employés. CSP+, ils ont un fort potentiel de consommation sur l'équipement nécessaire à leur sport. En effet, le matériel vaut cher : 600 à 700 € pour une planche de surf, un leash et une combinaison, 1 000 à 1 200 € pour un windsurf*, 400 à 600 € pour un wakeboard*, ou encore 100 à 160 € pour un bodyboard*, sommes auxquelles il faut ajouter le coût des accessoires.
Achat de matériel dans les douze derniers mois


Source : Trip Surf
Les marques (Quicksilver, Billabong, Morey, Tiga pour ne citer que les plus connues) jouent un grand rôle dans la décision d'achat, d'autant qu'elles sont souvent un gage de qualité technique. Par exemple, en ce qui concerne les combinaisons, Rip Curl ou Billabong ne cessent d'innover et sont à la pointe de la technologie. De plus, ces marques servent bien souvent de moteur au marché en sponsorisant les champions et en parrainant des manifestations (cf encadré).
Les amateurs de glisse se caractérisent aussi par la polyvalence disciplinaire : les surfers pratiquent aussi le skateboard (61,1 %), le bodyboard* (42,7 %) ou le windsurf* (23,7 %), et le snowboard* l'hiver (43,7 %) (source : Trip Surf). C'est pour eux un véritable mode de vie. Cette culture, véhiculée par des vidéos, sur Internet ou dans les journaux spécialisés, se manifeste notamment à travers un style vestimentaire commun, le surfwear. Les passionnés de sport extrême se retrouvent également autour de valeurs qu'ils revendiquent, comme la liberté ou encore le respect de la nature. Des surfers ont par exemple créé une association, Surfrider Foundation, qui depuis 10 ans lutte contre la pollution marine.
Il existe toutefois des différences, notamment entre les pratiquants réguliers et ceux qui s'adonnent à ces sports de manière occasionnelle, surtout pendant les vacances d'été. Les réguliers sont logiquement sur-représentés sur le littoral, principalement la Côte Aquitaine qui reste l'endroit (le spot) privilégié pour la glisse. La Bretagne les attire aussi. De plus, les glisseurs réguliers investissent davantage et changent plus souvent leur matériel, voire le fabriquent eux mêmes. Les occasionnels renouvellent leur équipement tous les deux-trois ans et ont plus volontiers recours à la location de matériel.
Pour communiquer auprès de cette cible, plusieurs moyens sont utilisables. Les annonceurs peuvent tout d'abord apparaître dans les titres de la presse spécialisée dont différentes études montrent qu'elle est un important vecteur d'informations pour les pratiquants. Il existe également de nombreux sites Internet dédiés (39 % de lecteurs de Trip Surf sont connectés), et l'achat de vidéos spécialisées n'est pas négligeable : selon Trip Surf, 46,5 % des surfers ont acheté 1 ou 2 vidéos, 15,3 % 3 ou 4 et 4,9 % en ont acheté plus de 5. La communication peut aussi se faire au sein des écoles, la plupart des sports de glisse disposant d'une fédération. Outre le sponsoring d'un rider*, le moyen privilégié pour toucher les amateurs de sport extrême semble être de parrainer l'une des nombreuses manifestations de glisse : compétition, démonstration ou Salon (cf encadré).

Lexique : les différents sports

A la base de tous les sports de glisse, on trouve le surf. D'origine polynésienne, le surf consiste à glisser, debout sur une planche, dans les vagues et à enchaîner les figures acrobatiques. Le bodyboard (glisse pratiquée allongé sur une planche en forme de biscotte), le windsurf (surfer avec une planche à voile) ou le kitesurf (planche tractée par un cerf-volant) sont des déclinaisons du surf.

Littéralement "la planche à sillage" le wakeboard est né en Californie dans les années 1970 de la fusion du ski nautique et du surf. Le pratiquant peut s'essayer à divers exercices : virage sur le sillage, grandes courbes à travers le sillage, figures glissées et sauts de vagues.

Forme extrême de parachutisme, le base jump consiste à sauter d'une falaise ou d'un pont, l'ouverture du parachute se faisant au dernier moment.
Zoom sur un sport en plein développement : le kitesurf

Mélange du surf et du parapente, le kitesurf* consiste à propulser une planche sur l'eau à l'aide d'un cerf-volant, ou plus exactement, d'une aile (kite). La vitesse peut atteindre 80 km/h et les professionnels font parfois des sauts de 30 m de hauteur. Ce sport, créé en Bretagne au début des années 80, est passé par une longue phase d'expérimentation avant d'atteindre la maturité en 95-96 avec la création d'une section kite au sein de la Fédération Française de Vol Libre, FFVL. En 1998, période à laquelle sont apparues les premières ailes produites industriellement et se généralisait le monitorat, cet organisme dénombrait 100 licenciés.
Trois ans plus tard, en 2001, la FFVL comptait pour le kitesurf 6 000 licenciés et devrait atteindre les 7 000 cette année. D'après Richard Nodlinger, chargé de communication pour la FFVL, "cela correspond à environ 40 000 pratiquants, chiffre en constante augmentation". Les kitesurfeurs sont, à 80 ou 90 %, des hommes, mais le développement du sport s'accompagne d'une certaine féminisation. Par ailleurs, ils sont plutôt jeunes, entre 20 et 35 ans, avec, aux marges, "des plus jeunes, issus de la culture skate, et à l'opposé des personnes plus âgées qui viennent de la planche à voile", note Richard Nodlinger. Ils pratiquent le kitesurf* toute l'année avec, bien sûr, une pointe en été, et vivent un peu partout en France. Sandrine Gueho, responsable de publicité pour le magazine Kitesurf Mag (30 000 exemplaires diffusés selon l'éditeur), explique que le lectorat du titre "se situe dans le sud et le sud-est, mais aussi en Bretagne et de plus en plus sur Paris".
Majoritairement actifs, les kitesurfeurs appartiennent eux aussi à la catégorie CSP+ . En effet, le matériel nécessaire coûte particulièrement cher, "entre 1 200 et 2 300 € pour une planche, une aile, un harnais" estime Richard Nodlinger. Le matériel d'initiation vaut 800 € environ. En évoluant, le pratiquant recherche un équipement plus exigeant et donc plus cher. Selon une étude de lectorat effectuée en 2001 pour le magazine KiteBoarder Mag, le kitesurfer accorde une grande importance à la solidité, l'accessibilité, la polyvalence et au prix du matériel. Il dépense en moyenne plus de 910 € par an afin de renouveler son matériel tous les 2-4 ans en moyenne.
Au total, ce sont 7 000 ailes et 4 500 flotteurs neufs qui se sont vendus en 2001 (source : Fédération de l'Industrie Nautique). De plus, "ce marché émergent évolue rapidement. De nouveaux produits arrivent tous les six mois", précise Sandrine Gueho. Quelques marques dominent cependant le monde du kitesurf*. Neil Pryde, numéro 1 mondial de la planche à voile s'est intéressé au phénomène et a créé une division spéciale nommée Cabrinha en référence au champion éponyme. Une marque est d'ailleurs souvent associée à un nom : le champion de funboard (autre nom de windsurf*) Robbie Naish a sorti des ailes, et Manu Bertin, précurseur du kite, a collaboré avec Wipika.
Pour tout ce qui n'est pas l'équipement proprement dit, les habitudes de consommation des kitesurfeurs se rapprochent de celles des surfeurs et, plus généralement, de "l'attitude glisse". Ils pratiquent régulièrement le VTT, le snowboard*, le skateboard et le windsurf*. "Dans les pages de Kitesurf Mag, on trouve bien sûr des annonceurs du secteur, mais aussi de l'alimentaire, des boissons..." explique Sandrine Gueho.

Base Jump : une cible extrême

Dans la catégorie des amateurs de sensations fortes, les base jumpers sont sans doute les plus énigmatiques et les plus difficiles à toucher. Leur sport favori : sauter d'une falaise ou d'un pont avec un parachute qu'il faut ouvrir juste avant d'atteindre le sol. Dangereuse, cette pratique est également très exigeante. Il faut en effet avoir effectué un bon nombre de sauts en parachute, posséder une bonne condition physique et bien connaître le milieu aérien avant de s'élancer dans le vide.
Pour toutes ces raisons, le base jump* reste encore un sport confidentiel : 100, 200 pratiquants tout au plus en France. Certains sautent depuis les débuts de l'activité, d'autres, de plus en plus nombreux, débutent. Ils appartiennent à toutes les catégories socio-professionnelles et à toutes les classes d'âge. Par contre, 95 % des pratiquants sont des hommes.
Le matériel nécessaire se compose d'un sac harnais, d'une voile (le "parachute" proprement dit) et d'extracteurs, plus, éventuellement d'un casque, de genouillères… Cet équipement de base coûte environ 3 000 €, pour 400 sauts à peu près. La production industrielle n'est pas encore très développée et le marché reste proche de l'artisanat. Les fabricants les plus connus s'appellent Atair Aérodynamics, Basic Research, Consilidated Rigging, Morpheus Technologies ou encore Vertigo.
Aujourd'hui, il n'existe pas de titres exclusivement dédiés au base jump. Les passionnés s'informent dans un magazine américain (Base Board), dans Paramag ou dans les journaux de parachutisme ou d'escalade quand ceux-ci consacrent un article à ce sport. De même, il n'y a pas encore de fédération, ni de monitorat. Le monde du base jump* gravite autour d'associations, de sites Internet, de groupes de passionnés qui s'échangent les informations, les vidéos ou encore les emplacements de sauts.
En définitive, les base jumpers forment une sorte de "tribu" regroupée autour d'une passion et de valeurs communes, notamment le respect de la montagne et une certaine humilité face à la nature.

Julien Solonel
"Aujourd'hui, le surf n'est plus quelque chose de marginal"

Philippe, la cinquantaine, a pratiqué différents sports : surf, bodyboard, parachutisme. C'est également un précurseur qui a ouvert en 1978 le magasin Chattanooga (53, rue Bosquet, 75007 Paris) le premier surf shop sur Paris. Aujourd'hui, il vend matériel de surf et de skateboard, vêtements et accessoires.



tM -  Lorsque vous avez monté votre magasin en 1978, le surf et plus généralement les sports extrêmes étaient peu connus du grand public. Qu'en est-il aujourd'hui ?
Philippe - Il y a une différence entre ce qui relève de la mode du surfwear, qui marche très bien depuis quelques années, et la pratique réelle de ces sports. La mode, par définition, peut changer très rapidement. Par contre, au niveau du surf, on a assisté à un développement durable et constant depuis les années 70. Aujourd'hui, ce n'est
plus du tout quelque chose de marginal.

tM - Qui sont vos clients, plutôt des débutants ou des pratiquants assidus ?

Philippe - En général, les débutants se dirigent vers des grandes surfaces multisports, comme Décathlon, qui proposent un matériel grand public. Ensuite, quand ils progressent, ils viennent dans un magasin spécialisé comme celui-ci qui vend un matériel plus exigeant. Les marques que nous avons sont toutes en relation avec la pratique du sport, investissent dans les compétitions ou travaillent à l'évolution du matériel

tM - Quel est le ticket moyen d'un client de Chattanooga ?
Philippe - Cela n'a pas vraiment de sens de parler de ticket moyen, dans la mesure les gens achètent aussi bien des planches de surf à 700 € que des accessoires comme de la wax (un produit qui permet une meilleure adhérence sur la planche) à 2 €. Pour vous donner une idée, je vends entre 30 et 50 planches de surf par an. Mais ce que je vends le plus, c'est quand même le surfwear.

Propos reccueillis par J. Solonel
Où les rencontrer

Glissexpo est le rendez-vous incontournable des professionnels de la glisse : 13 000 visiteurs et 204 exposants se retrouveront, du 7 au 10 septembre, sur la plage de la Barre, à Anglet, pour le Salon européen de la mode et du matériel des sports de glisse.

Les compétitions constituent également un bon moyen de rencontrer les pratiquants. Elles sont nombreuses durant l'été, du Championnat de France (toutes formes de glisse), qui se déroulera du 17 au 25 août à Anglet au Orange Lacanau Pro 2002 (du 8 au 18 août à Lacanau). Par ailleurs, un certain nombre d'épreuves de coupe du monde ont lieu en France.

Enfin, des tournées sont organisées sur les plages, avec des démonstrations, des initiations et des animations. On citera notamment le Fun Radio Kitesurf Tour 2002 (24 étapes du 6 juillet au 28 août), le Playstation Beach Games (13 villes du 6 juillet au 13 août) ou encore le Bump and Jump Animal Tour qui se déroulera à Leucate les 28 et 29 septembre.
Les magazines de sports extrêmes

Les magazines suivants sont référencés dans Tarif Media, cliquez sur leur titre pour accéder aux fiches : Trip Surf, Surf Session, Kite Boarder Mag.
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