La radio numérique

La radio en route pour le numérique

Elles se préparent toutes, activement, à basculer en numérique. Les stations de radio ont massivement investi dans ce nouveau mode de diffusion et attendent de fortes retombées. L'enjeu est clair : celles qui rateront leur passage en numérique sont vouées à disparaître.

Le Nokia N800 permet d'écouter la radio en numérique.

Adieu la FM, bonjour la T-DMB ! En 2008, les stations de radio vont commencer à diffuser leurs programmes en numérique. C'est sans regret que le secteur se prépare à tourner la page de l'analogie. Plus pratique, plus confortable et moins onéreux, le numérique va moderniser le média radio. Fini, en effet, les grésillements, les zones d'ombre et les changements de fréquences ! Chaque station sera désormais accessible via un signal qui sera le même sur l'ensemble du territoire. Ainsi, par exemple, les changements de fréquence en voiture ne seront plus qu'un mauvais souvenir. En 2008, la station choisie sera reçue pendant tout le trajet sans brouillage ni d’interruption. La qualité du son sera également excellente de quoi ravir les amateurs de musique. Les férus de classique, par exemple, se réjouiront des programmes de France Musique et Radio Classique diffusés en 5.1.
Un gadget qui équipera les futurs postes de radio (voir photo) devrait également séduire le public : le "time shifting". Cette technique permet de mettre une émission en direct "sur pause". Elle est alors enregistrée sur un disque dur. Son écoute peut être reprise au moment même où vous l'avez arrêtée. Ces nouveautés vont contribuer au rajeunissement du média. "Aujourd'hui, aucun jeune ne reçoit de transistor pour Noël. Avec le numérique cela va changer !", diagnostique Charles-Emmanuel Bon, directeur du développement de RTL. Mais au-delà de ces nouvelles évolutions technologies, le grand changement entre l'analogique et le numérique vient surtout de l'offre radiographique.


La nationalisation de la diversité radiophonique

Parce que la diffusion en FM est chère et qu'un émetteur ne couvre qu'une petite superficie, il y a actuellement de nombreux territoires où l'offre radiophonique est limitée à quelques stations publiques, deux radios privées nationales et deux stations locales. Grâce au numérique, la diversité va envahir les régions. Les radios nationales privées espèrent étendre largement leur zone de diffusion. "En FM, RTL touche entre 60% et 65% de la population. Demain, elle devrait en toucher entre 80 et 85 %", explique Charles-Emmanuel Bon. "Fun Radio et RTL 2 seront diffusées sur le même bassin de population alors qu’aujourd’hui elles touchent seulement 50%", précise-t-il. La province va donc bénéficier, à terme, de la même richesse d'offre que Paris. Une sorte de nationalisation de la diversité radiophonique.
Cette multiplication de l’offre sera déterminante pour le développement de la radio numérique. Pour que la technologie s'installe, il va falloir renouveler la totalité des 200 000 transistors et Médiamétrie en décompte 6 par foyer, autoradios compris. Selon le rythme d'équipement, l'Etat fixera légalement la date de l'arrêt de l'analogique. Les observateurs estiment qu'il va falloir une bonne douzaine d’années avant que tout le parc change. Un temps long. Un temps plus long que le basculement en numérique de la télévision (mais la TNT n'exigeait pas de changement d'appareil). Un temps beaucoup trop long pour les radios qui vont devoir, pendant ces années de transition, assurer une double diffusion analogique/numérique ce qui provoque des suppléments de coût significatifs. "Pour les petites radios, les coûts de la double diffusion sont vraiment problématiques", déplore Agnès Martin chargée de mission au Syndicat interprofessionnel des radios et télévisions indépendantes (SIRTI). "Ceux qui ne pourront pas supporter ces coûts risquent de disparaître".
Une fois le basculement achevé, les coûts de diffusion seront beaucoup plus faibles : à côté de la FM, la diffusion en T-DMB est très rentable. Mais les investissements devraient être compensés par la progression de la diffusion dans les nouveaux bassins de populations et donc par une hausse globale de l'audience du média. Les radios nationales privées veulent aller vite. Elles militent pour que le CSA attribue nationalement dans une seule et même procédure les autorisations de diffusion des radios. Les indépendants préfèreraient maintenir la procédure actuelle. Le système de délivrance région par région garantirait, selon eux, le pluralisme et la meilleure prise en compte des acteurs locaux.

Données associées

Le potentiel publicitaire des données associées :

Grâce aux données associées, les propos tenus à l’antenne vont pouvoir être complétés visuellement. Selon François Jacob, consultant NPA Conseil, "les radios attendent de fortes retombées financières de la radio numérique. Il est bien possible que des messages publicitaires soient insérés aux cotés des données associées." Charles-Emmanuel Bon de RTL reconnaît "travailler" sur la question. Il imagine que "des animations, des liens sponsorisés ou des conditions générales de ventes pourront apparaître sur l’écran. Seule condition : les publicités ne doivent pas se confondre avec le contenu éditorial". Les annonceurs, eux, imaginent déjà l’impact que pourrait avoir la diffusion de visuels simultanément aux messages audios.

En plus du son, le T-DMB permet de transporter des images et du texte. Les nouveaux terminaux, qui seront équipés de petits écrans, permettront de consulter des informations supplémentaires que l'on appelle des "données associées". Tous les professionnels s'accordent à dire qu'il ne faut pas se servir de ces écrans pour faire de la télévision mais simplement pour apporter des compléments à l'antenne. Selon les stations, les données prendront des formes diverses. Soit, elles seront purement informatives comme le suivi du score d'un match de tennis, les cours de la bourse ou la météo. Soit, elles se contenteront d'indiquer le contenu de l'antenne comme, par exemple, les références de la chanson actuellement diffusée. Liées à des bases de données, elles pourront devenir une mine d'information.
Mais ce sont surtout les estimations des retombées des services payants qui ouvrent l'appétit des groupes radios. Une station pourra proposer via l'écran du terminal de télécharger des chansons, de donner l'horoscope ou de conseiller les chevaux à jouer dans la troisième à Vincennes. "Les radios ont massivement investi dans le numérique et elles affichent des objectifs ambitieux", remarque François Jacob, consultant NPA Conseil.
"Elles misent gros sur les données associées. II suffit de voir les players Internet de Skyrock ou ceux des webradios de NRJ pour s'en rendre compte". Dans l'attente de retombées, la publicité devrait tout naturellement trouver sa place dans les données associées. [Voir encadré]

Un nouveau paysage radiophonique

C'est donc un nouveau paysage radiophonique qui va se dessiner dès 2008. Il verra, d'abord, de nouveaux équilibres entre les radios nationales et publiques se former. Une des conséquences de ce monde numérique sera la fin de la suprématie de Radio France. Le groupe public, qui bénéficie d’une large zone de couverture, va découvrir la concurrence des radios privées dans les territoires où France Inter et France Culture dominent les audiences par défaut. "Nous n’avons pas de raison d’être inquiet", tempère Martin Ajdari, Directeur Général de Radio France. "Comme les autres groupes, nous allons bénéficier de l’amélioration du réseau pour les thématiques du groupe comme FIP, Le Mouv’ ou France Info. A nous de faire face à cette concurrence nouvelle ! "
Le modèle économique des entreprises de radios va également être chamboulé. Les recettes seront autant dues à l'activité radio qu'aux services qui en sont dérivés. Plus que jamais, les entreprises devront adopter une stratégie bi-média entre leur antenne numérique et leur extension sur Internet.

Benoît Daragon

Médiamétrie : les audiences radio prêtes au numérique ?

Après le procès en imprécision intentés aux audiences télé par les professionnels, il n'est pas inintéressant de s'interroger sur la compatibilité des audiences radio avec la norme T-DMB. Arnaud de Saint-Roman, le directeur du département radio à Médiamétrie, nous a assuré que la norme de diffusion "ne changerait pas la méthodologie de l'enquête 126 000 Radio". "Pour cette enquête, nous appelons environ 400 personnes par jour et nous leur demandons quelles stations ils ont écouté dans les 24 dernières heures. C'est purement déclaratif et, donc, le mode de diffusion est transparent", nous a-t-il affirmé. Par ailleurs, il se déclare satisfait des études existantes sur la mesure des audiences du podcasting et du streaming. "Il est important d'avoir des études encore plus spécifiques pour savoir quelle est l'audience plus des différents modes d'écoute de la radio", a-t-il expliqué.

Interrogé sur l'utilité d'une enquête spécifique à la radio dans un monde de convergence entre médias, il répond que l'étude spécifique est "la plus fiable puisque basée sur un très large échantillon. Elle reste l'étude de référence car elle analyse la consommation radio des auditeurs et prend en compte les profils des auditeurs. Elle est beaucoup plus précise sur ce média." Par ailleurs, il estime que les études de convergences sont intéressantes pour prendre en compte les médias de façon globale. "Il s'agit de mesurer les contacts d'un seul individu avec l'ensemble des médias". Ces deux d'études "ne se rivalisent pas, elles se complètent", a précisé M. Saint-Roman.

En réaction à l'annonce de la mise en chantier du PPM (Portable People Meter), Arnaud de Saint-Roman rappelle que ce dispositif portable de mesure d'audiences était encore en phase de test. "Il présente de nombreuses lacunes car les testeurs oublient souvent de le brancher le matin, ce qui pose des problèmes pour la mesure des radios justement". De plus, l'objet ne prend pas en compte qu'un "environnement de son" mais pas les médias écoutés via un baladeur mp3 par exemple. Il déplore aussi le manque de précision qualitative. On ne peut savoir en l'état si le testeur est attentif ou pas au média capté par le PPM. Du coup, les équipes de Médiamétrie, ont enregistré de "grosses différences" entre les chiffres de la 126 000 et ceux du PPM.

Enfin, pour mieux réagir à l'évènementialisation des grilles de programmes, il explique que Médiamétrie peut mettre en place des équipes particulières pour avoir les audiences radio de la veille. "Un dispositif qui demande encore pas mal d'organisation", conclue-t-il.


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