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Les loisirs, oui, mais créatifs Le tricot, une affaire de grand-mère ? Que nenni ! Il est, bien au contraire, redevenu un hobby très prisé, à l'image de nombreux autres travaux manuels. Peinture, scrapbooking, encadrement et autres compositions florales occupent aujourd'hui le quart de notre temps libre. Un phénomène sans cesse croissant depuis une dizaine d'années.
On ne parle plus de travaux manuels, expression désuète qui rappelle les vieux carnets scolaires et les cadeaux de fêtes des mères, mais plutôt de « loisirs créatifs ». Derrière cette valorisante formule, un marché en pleine croissance. Représentants, en temps passé, un des cinq types de loisirs les plus pratiqués – aux côtés du sport, de la lecture, de l'informatique et de la télé, les activités créatives sont le deuxième poste de dépenses « temps libre » des foyers, derrière les voyages. Soit un chiffre d'affaires de 800 millions d'euros en 2006, qui progresse de 10% par an. Les artisans n'ont qu'à bien se tenir : le XXIème siècle est bien parti pour être celui du « fait soi-même ».
Concrètement, un peu plus de la moitié des français (51,8%¹) déclarent pratiquer au moins une activité créative. La Cuisine et les arts de la table arrivent en tête (30,2%¹), suivie des Arts du fil (21,1%¹, broderie, couture, tricot, patchwork...), de la Décoration (20,6%¹, mosaïque, carterie, déco florales...), des Beaux-arts (12,7%¹, aquarelle, sculpture, calligraphie...), de la Mode (5,9%¹, bijoux et vêtements) et du Cartonnage (5,1%¹, encadrement, scrapbooking...). Autant de loisirs qui demandent du temps – de la pratique et de l'apprentissage, soit 8h15² par mois en moyenne– de l'équipement – du matériau de base aux outils de travail, et de l'espace. Côté temps, les 35 heures sont passées par là, et semblent expliquer partiellement le retour en force des loisirs créatifs. Pour l'équipement, tout dépend de l'art pratiqué : certains demandent des outils compliqués, techniques, et donc coûteux ; d'autres ne nécessitent qu'une paire d'aiguille et un peu de fil. Dans le détail, 40% des artistes en herbes dépensent 20 à 40 €² par mois dans leur activité, les autres ne dépassent pas les 20 €, voir font de la récupération. Les loisirs créatifs sont donc plutôt abordables avec un budget moyen dépensé de 600 €/an². Côté espace, enfin, si la plupart des gens exercent leur loisir à domicile, dans le garage, le bureau, la cuisine ou dans une pièce dédiée ; d'autres pratiquent dans des ateliers qui fleurissent un peu partout, soit liés à une collectivité locale, soit dans des magasins spécialisés. Les médias ont également sentis la bonne affaire et tous, du généraliste à l'hyper-spécialisé, surfent sur cette nouvelle vague. On ne compte plus les supports presse dédiés – le groupe Burda en a d'ailleurs fait une spécialité – les rubriques dans la presse féminine, désormais bien plus variées que l'incontournable patron de Modes & Travaux, les sites web, les magazines et les programmes courts à la télévision traitant de ces nouveaux travaux manuels ! Et les salons ne sont pas en reste ! Ils se multiplient à travers la France, et jouent un rôle catalyseur à travers les nombreuses initiations qu'ils proposent.
Idées reçues Au vu de cette explosion du marché, on imagine aisément que l'engouement pour les loisirs créatifs dépasse de loin le cercle des grands-mamans tricoteuses. Et en effet, en 10 ans, pas mal d'idées reçues sont tombées. Ainsi, si la création manuelle reste l'apanage des femmes – 70% des pratiquants¹ – les hommes se laissent tenter et forment aujourd'hui un tiers des « convertis », particulièrement friands de cuisine et de « Beaux-arts ». Et tous ces adeptes du « fait-main » sont plutôt jeunes puisqu'on observe une surreprésentation des 18-24 ans (56,4%²) et des 25-34 ans (55,7%²). C'est que, dans ces classes d'âges où l'on s'installe encore, les loisirs créatifs ont une application bien concrète : le tout marque laisse place à une volonté de créer sa touche personnelle, et donc de faire soi-même ou au moins de customiser des éléments de décoration achetés en magasin. Un prolongement naturel du goût des jeunes bobos pour le chinage et la mode vestimentaire vintage. Ces bobos qui, une fois de plus, semblent bien former le cœur des nouveaux adeptes des loisirs créatifs. Car ceux-ci se recrutent en majorité dans les foyers CSP+ (21% contre 15% pour le reste de la population¹), sont plus nombreux à Paris (54,9% des parisiens pratiquent¹) qu'en province (51%¹), et habitent plutôt en ville (56% des habitants de villes de plus de 100 000 habitants pratiquent¹). Les urbains trouveraient là de quoi se déstresser après le travail, exprimer une créativité que leur vie professionnelle ne leur permet pas de mettre en valeur, utiliser leur adresse manuelle quand la pratique de leur métier fait surtout appel à des qualités intellectuelles. La sous représentation des habitants de zones rurales s'expliquant quand à elle par une plus forte pratique du jardinage, dont les vertus sont similaires à celles des loisirs créatifs. Ajoutons, si besoin est, que les nouvelles activités manuelles ont de beaux jours devant elles puisque, parmi ceux qui n'en pratiquent pas aujourd'hui, 51%¹ déclarent souhaiter s'y initier. Et, parmi les pratiquants, le budget dédié augmente avec l'âge, atteignant les 890 €¹ annuels chez les 40-49 ans, puis 940 €¹ chez les 50-59 ans. Créativité La créativité étant le maître mot de ce nouveau phénomène de société, il ne reste plus pour les acteurs du marché qu'à la provoquer et l'entretenir, en proposant toujours plus de nouvelles matières, de nouveaux outils pour les travailler... et d'idées. La démarche reposant sur un savant mélange de proximité avec les pratiquants et de formation. Pour cette dernière, la présence sur les salons et dans les magasins spécialisés semble inévitable : la fréquentation des premiers comme des seconds ne cesse d'augmenter, avec deux types de visiteurs, l'un, chevronné, à la recherche de nouveauté ; l'autre, débutant, friand de ces petits ateliers d'initiations où l'on prend son premier contact avec telle ou telle activité. Petits ateliers que l'on retrouve dans les jardineries et les grandes surfaces de bricolage qui ne désemplissent plus depuis qu'elles se sont lancées sur le créneau. Côté proximité, presse écrite, télé et Internet rivalisent de dossiers pratiques, tests de nouveautés, photos de Julia Roberts en plein tricot, et autres bons trucs et astuces qui fidélisent le consommateur et le poussent à aller plus loin dans sa pratique. Nicolas Priou (1)
Baromètre des loisirs créatifs Louis Harris
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