La
distribution animera le marché publicitaire de 2007
Les
enseignes de la distribution ont passé la
nuit de la Saint-Sylvestre avec une certaine impatience. Les acteurs
du secteur, qui réclamaient depuis longtemps de ne plus être
privés de télé, se sont rués à la
télévision dès le 1er janvier 2007. Une semaine
et 8,5 millions d'euros plus tard, le premier bilan est contrasté.
Avec des campagnes et des volumes d'investissements comparables, les
enseignes se font concurrence et pourraient rapidement déchanter
quant à l'efficacité de leurs messages. Dans un marché publicitaire
plus instable que jamais, les autres médias guettent leur principale
famille d'annonceurs céder aux sirènes télévisées.
Analyse à J+7.
Les
chiffres de la première semaine
- 513
spots diffusés, dont 119 sur la seule journée
du 1er janvier
- 11
enseignes sont passées à la télévision
- 8,5
M€ investit, dont 1,3 M€ par Auchan
- 12%
des revenus publicitaires bruts des chaînes
nationales
- TF1
récolte 56 % des budgets, M6 28 % et France
Télévisions 15,5 %
Source
TNS Media Intelligence et médias Initiative
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"Pour
les observateurs du marché publicitaire, 2007 s'annonce
excitante !", s'enthousiasme Jean Muller. Pour le directeur de
la régie de NRJ (NRJ Global), l'année ne sera pourtant
pas de tout repos. En effet, depuis le 1er janvier, la distribution
est autorisée à communiquer sur les petits écrans,
ce qui va bouleverser l'ensemble du marché publicitaire. En
octobre 2003, le gouvernement a adouci le décret du 27 mars
1992, qui limitait la publicité de certains secteurs. Les portes
de la télévision se sont ouvertes à la distribution
qui n'a pas raté le rendez-vous. Sur les 7 premiers jours de
janvier, le secteur a investi 8,5 M€ à la télévision.
Les
analystes du marché estiment que, pour les télévisions,
la nouvelle réglementation devrait représenter une hausse
du chiffre d’affaires de 200 millions d'euros net. Archi-leader
des audiences (notamment sur la cible très prisée des
ménagères de moins de 50 ans), TF1 devrait, à elle
seule, engranger la moitié de ce surplus, M6 bénéficier
de 30 % à 35 % de ces recettes, et, enfin, France Télévisions
prendre le reste (entre 20 % et 15 %). "En 2007,
France Télévisions
Publicité devrait empocher 30 millions d'euros de la grande
distribution", prédit Bastien Millot, directeur de
la stratégie
du groupe public. Il estime que France Télévisions peut
bénéficier d'un "fond de grille très
installé qui
a tout pour être très attractif".
Les premiers chiffres
de la première semaine confirment les
perspectives des analystes. En 7 jours, TF1 a récolté 56 %
des budgets, M6 28 % et France Télévisions 15,5 %,
selon des chiffres de l'agence médias Initiative cités
par Stratégies. Le volume total d'investissements télé est
en revanche supérieur à la moyenne estimée mais
tous les observateurs s'accordent à dire que les achats d'espaces
devraient se tasser d'ici deux mois.

Eric
Trousset, directeur marketing du pôle
investissement publicitaire TNS
Media Intelligence
"Les
enseignes ne domptent pas encore la télévision"
Depuis
le 1er janvier, Eric Trousset analyse, pour
TNS Media Intelligence, les spots télévisés
de la distribution. Après une semaine
de visionnage, le directeur marketing du pôle
investissement publicitaire de l'institut est
assez sceptique quant à l'impact des
premières campagnes.
TarifMedia
: Quel bilan tirez-vous de la première
semaine de la distribution à la télévision
?
Eric Trousset : Il y a eu beaucoup
de spots et peu de surprises. Toutes les enseignes
qui avaient annoncé leur envie de communiquer à la
télévision (Système U, Auchan,
Leclerc…) étaient présentes
la première semaine avec à peu
près les mêmes volumes d'investissements. À part
Leclerc qui a choisi un discours très
efficace sur ses MDD, les autres s'appuient toutes
sur un discours-enseigne classique. Personne
ne se démarque réellement sauf
Carrefour, qui a choisi de ne pas communiquer à la
télévision. C'est une tactique
astucieuse du leader du marché de la distribution
car les campagnes des deux premiers mois devraient
avoir assez peu d'impact.
TM
: Vous êtes critique sur le retour sur
investissement des enseignes ?
ET : Oui. Si elles espèrent
faire bouger leurs parts de marché avec
ce type de campagnes, elles risquent d'être
déçues ! Je ne sais ni ce qu'elles
attendent exactement comme retour ni quelles
sont leurs échéances, mais à mon
avis, après les deux premiers mois
de test, leurs stratégies devront être
largement revues. Etre présent partout
n'est pas pertinent surtout quand on est
inégalement implanté en France.
TM
: Que vont devoir faire les enseignes pour
se démarquer ?
ET : Elles vont devoir mieux
utiliser ce nouveau média qu'elles ne
domptent pas encore. Il va falloir changer de
ton et faire des discours sur d'autres angles.
Si Leclerc décline sa campagne sur ses
MDD dans différents rayons, ça
peut devenir très porteur. Des messages
de co-branding [message qui associe deux marques,
ndlr] peuvent également être très
bénéfiques.
TM
: Les campagnes doivent-elles être plus
ciblées ?
ET : La cible des distributeurs
est par nature très très large.
Seules des campagnes qui mettent en avant des
rayons très spécifiques pourraient être
plus ciblées. Mais celles-ci resteront
très minoritaires. Les enseignes vont
toujours chercher les chaînes et les cases
le plus "grand public" possible. Les
coûts de ces campagnes vont donc rester
exorbitants.
TM
: Les autres médias ont-ils du souci à se
faire ?
ET : La réglementation
interdit aux enseignes d'avoir, en télévision,
un discours sur les promotions. Or communiquer
sur les prix est fondamental pour toute la distribution.
Même si l'étiquette "vu à la
télé" est très valorisante,
les enseignes ne peuvent pas échapper à la
radio, à la presse régionale, à l'affichage
et au hors-media. Les enseignes vont "arbitrer" leur
budget publicitaire entre les différents
médias. Et entre une campagne TV et une
opération de marketing direct ou une annonce
radio de promotion, je ne suis pas sûr
qu'elles choisissent la télévision… Les
autres médias peuvent se rassurer car,
aux vues des premiers spots, il n'est pas évident
que les répartitions budgétaires
se fassent en faveur de la télévision.
TM
: Pour finir, quel regard
les fabricants portent-ils sur l'arrivée
de la distribution à la télévision
?
ET : Ils suivent les
distributeurs de très très près.
Si les enseignes communiquent de façon efficace
sur leurs MDD elles deviendront des concurrents
potentiels à Danone, à Procter & Gamble...
Ces marques ont du souci à se faire mais
elles ont une force de frappe énorme qui
leur donne une grande marche de manœuvre.
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Retombées
incertaines
Les
campagnes institutionnelles mises en place en janvier ne peuvent
fonctionner
que
sur un très large public. "Les distributeurs
ont montré assez peu d’intérêt pour
les chaînes du câble et du satellite qui donnent
pourtant accès à des cibles très intéressantes" déplore
Bruno Belliat, directeur de la communication de France Télévisions
Publicité [qui a en régie un bouquet de thématiques
SciFi, Voyage, 13e Rue, etc. ndlr]. À la recherche du
public le plus large possible, les enseignes ont privilégié les
chaînes nationales. Les médias plannings ont atteint
des coûts exorbitants ce qui ne rend pas évident
le retour sur investissements.
Communicantes
avisées, les grandes prêtresses de la "vie
moins chère" en veulent pour leur argent. Dans un marché hyper
concurrentiel, aucun gaspillage ne sera toléré. Toutes
les enseignes étudieront leur retour sur investissements après
deux mois de test, en janvier et février (les mois les plus
calmes de l’année). Dès le mois de mars, elles
vont plonger dans diverses études qualitatives et quantitatives
pour estimer l’impact réel de leurs campagnes télévisées.
Elles adapteront ensuite alors leur stratégie et leurs budgets
en fonction de l'effet des spots en magasin. Plutôt sceptique
sur les répercutions des campagnes, Eric Trousset, directeur
marketing du pôle investissement publicitaire TNS Media Intelligence,
prédit un changement de stratégie des enseignes. Selon
lui, les discours institutionnels par toutes les enseignes, avec à peu
près les mêmes volumes d'investissements, devraient avoir
assez peu d'impact.
[Voir encadré]
Un
marché redistribué
La
crainte d'une déstabilisation d’un marché déjà fragile
a entouré la réforme du décret de 2003. Aucune
enseigne de distribution ne prévoit d'augmenter de façon
significative ses budgets publicitaires et les coûts, toujours
faramineux, des publicités télé se répercuteront
sur les autres médias. Auchan assure que les budgets seront
garantis par "d'importantes économies sur les dépenses
de marketing et de fonctionnement" mais ne cache pas que "les
investissements de communication seront arbitrés entre les différents
médias". L'enseigne consacrera 10 % de son budget annuel
(élevé à 134 millions d'euros en 2005) à payer
des spots télé. C’est donc 13,4 millions d’euros
de manque à gagner pour la radio, la presse quotidienne régionale
(PQR), l’affichage et le hors média, dont la distribution
est le premier investisseur. La radio devrait perdre 10 % de son C.A.
pub en 2007, l'affichage 5 % et la PQR entre 5 % et 15 %.
Cependant,
la nouvelle réglementation garanti un équilibre
entre médias. Elle encadre strictement le recours à la
télévision et interdit aux enseignes d’y communiquer
sur "les opérations commerciales de promotion se déroulant
entièrement sur le territoire national". Autrement dit,
elles peuvent y valoriser l'image de leurs supermarchés, y vanter
la qualité de leurs marques de distributeurs (MDD) mais pas
y relayer leurs opérations temporaires sur les prix. De quoi
rassurer les autres médias !
Depuis
plusieurs mois, le marché prépare la contre-offensive.
Les radios misent sur la globalisation et les offres commerciales cross-médias.
NRJ, par exemple, a choisi de fusionner l'ensemble de ses supports
au sein d'une seule et même régie (NRJ Global) pour pallier
le manque à gagner. La PQR étudie les capacités
de couplage entre les journaux régionaux et la télévision
pour les campagnes nationales (dites PQR 66).
Les
afficheurs affinent leurs outils de mesures des retours sur investissements
et veulent convaincre de nouveaux secteurs de la puissance des panneaux
extérieurs. Etienne Reignoux, directeur stratégie et
marketing de Clear Channel France, parie sur la riposte des fabricants.
Selon lui, les géants du marché pourraient rapidement
réagir et repenser leur politique de communication s’ils
sont mis à mal par le boom des MDD. "Jusqu’ici les
industriels privilégiaient la télévision mais
ils devraient venir concurrencer les distributeurs sur d’autres
supports", prédit Etienne Reignoux. C’est alors des
centaines de millions d'euros qui seraient à leur tour redistribués
entre les différents médias. Quand on vous dit que l'année
2007 sera excitante !
Benoît Daragon
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