| DOSSIER : Les Eco Consommateurs |
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Qui sont les consommateurs responsables ? De préoccupation scientifique, l'écologie est aujourd'hui devenue une vraie préoccupation des consommateurs. La preuve ? Même en période d'érosion du pouvoir d'achat, ils sont prêts à payer plus pour acquérir un produit « propre ». D'abord dans un souci de préservation de leur propre santé, mais aussi par égard pour les travailleurs dans le monde, pour les ressources terrestres, ou plus simplement... pour le goût quand il s'agit d'un produit alimentaire. Ou comment les marques se retrouvent obligées de tenir des discours « propres » et « durables ». Une cible hétéroclite
De l'habitant
de zone rurale qui achète sa viande bio pas cher chez le petit
producteur du coin au bobo parisien qui fait ses emplettes dans la
boutique bio du quartier... il y a un monde. Si la préoccupation
écologique est maintenant largement partagée, elle occupe
de manière plus ou moins importante le quotidien des consommateurs,
qui, dans leurs achats, combinent qualités « vertes »
des produits, prix et goûts personnels selon leur degré
d'engagement et leurs moyens. Il y a l' « historique »,
le militant écolo de la première heure qui, depuis longtemps,
prend les transports publics, a équipé ses robinets
d'aérateurs, mange bio et s'habille avec du chanvre. Il y a
le « socialement correct », qui va plutôt vers les
denrées étiquetées « commerce équitable
», se soucie de savoir où et par qui sont fabriquées
ses baskets, et quels profits dégagent les dirigeants des grandes
marques. Il y a le « je mange bien je vais bien »,
préoccupé avant tout de sa santé et de ce qu'il
met dans son assiette, inquiet de savoir si ses biscuits contiennent
des OGM, et calculant sans cesse la quantité de vitamines qu'il
a ingérée dans la semaine. Et puis il y a tout bêtement
le consommateur éveillé mais pas militant, qui tente
de s'en sortir dans la jungle des labels, et de faire au plus « vert »
sans pour autant placer l'aspect durable des produits au cœur
de sa décision d'achat. Au fur et à mesure que le sujet
devient « grand public », qu'il dépasse
le cercle des militants, le consommateur dit « responsable »
est de plus en plus dur à cerner.
Quatre types de « consomm'acteurs » Le « Partisan » (16 % de la population) est le plus engagé. Agé de 30 à 65 ans, il est diplômé, dispose d'un bon pouvoir d'achat et vit plutôt dans le sud-ouest de la France. Il souhaite une plus grande implication des collectivités locales sur les problématiques de développement durable, trie ses déchets, bien sûr, et est aussi sourcilleux sur le respect de la nature que sur la politique sociale des marques qu'il achète. Le « Pratiquant » (15 %) est... une pratiquante puisque les femmes sont plus nombreuses dans cette catégorie. Agée de plus de 50 ans, profession intermédiaire ou retraitée, elle dispose d'un bon pouvoir d'achat. Elle associe avant tout développement durable et protection de l'environnement, veille plus à sa consommation d'eau et d'énergie qu'au tri des déchets, et fait confiance aux produits labélisés. Des freins encore nombreux
Si ces quatre types de consommateurs sont tous convaincus
qu'il faut agir, à travers ses achats, pour l'environnement,
la France n'est pas encore pour autant un pays de « consomm'acteurs
». Toujours selon les études Ethicity, ces derniers ne
dépassent pas le seuil de 20 % de la population : les freins
à la consommation « verte » sont encore
nombreux. Premier obstacle : le pouvoir d'achat. Pour l'instant, les
produits « propres », qu'ils soient équitables,
bio, ou socialement corrects, sont vendus plus cher que leurs équivalents
« sales ». Et de moins en moins de consommateurs
se disent prêts à payer plus cher pour être plus
responsables. Deuxième obstacle : la définition même
de la consommation responsable. Beaucoup la confondent avec la dé-consommation
et considèrent donc que consommer mieux équivaut à
acheter moins. Troisième obstacle : l'information. Les enquêtes
sur la consommation responsable font systématiquement ressortir
un besoin d'informations claires et précises chez le consommateur,
qui, souvent, dit ne pas savoir où acheter les produits verts,
ou comment les identifier. Du coup, la consommation « verte »
se confond bien souvent avec la consommation « bio », et
se limite aux domaines de l'alimentation et de la cosmétique,
deux secteurs « en pointe » où les produits propres
sont assez aisément identifiables. Et quand on observe plus en
détail les motivations d'achats de ces produits (Baromètre
CSA – Agence Bio 2007), la volonté de respecter l'environnement
n'arrive pas encore en tête, même si elle progresse d'année
en année : on achète bio avant tout pour préserver
sa santé (96 %), pour être certain d'acquérir
des produits sains (92 %), pour la qualité et le goût
(91 %), puis pour préserver l'environnement (90 %,
contre 83 % en 2006).
Pour s'y retrouver et identifier ces produits, le consommateur utilise principalement trois informations : les labels (marque Agriculture Biologique, Ecolabel européen, étiquette Energie, marque Max Havelaar, marque Cosmebio...), les caractéristiques des emballages (recyclables ou réutilisables) et la signalisation en magasin. La motivation du premier achat, quand à elle, reste encore une affaire de bouche à oreille : 39 % des primo-acheteurs du baromètre CSA – Agence bio ont été incité par leur entourage, contre « seulement » 34 % par une information commerciale, 9 % par une offre promotionnelle et 6 % par une campagne publicitaire. La bataille de la publicité bio a donc encore de beaux jours devant elle. Nicolas Priou | |||||