| Cinéma numérique : souplesse, réactivité, efficacité
Le cinéma numérique, qu'est ce que c'est ?
Comme pour la photographie, l'avènement du cinéma numérique a pour principal symbole la suppression de la pellicule. Ce qui, en terme de coûts, représente un progrès énorme : à l'heure actuelle, la somme que représente la réalisation de copies 35 mm des films pour tous les pays, dans toutes les langues, avec toutes les pistes de sous-titres, est colossale ! Avec le numérique, les films, une fois mis au bon format, peuvent être envoyés partout dans le monde, quasiment sans frais, dans les salles équipées pour la projection.
Deuxième avantage du d cinéma : la fin de l'usure des copies. Aujourd'hui, avec la circulation des pellicules 35 mm et la multiplication des projections, une copie en fin de vie est rayée et distendue de telle sorte que des lignes apparaissent à l'écran quand l'image ne saute pas. Les petites salles en pâtissent le plus, arrivant le plus souvent en fin de liste dans le circuit de circulation des copies. Avec le numérique, les copies restent intactes quelque soit le nombre de diffusion : elles sont, pour ainsi dire, éternelles ! Et les coûts d'entretien du matériel de diffusion sont largement réduits puisqu'on n'a plus de mécanisme d'entraînement des bandes de pellicule.
Troisième avantage : la circulation des films. A l'heure actuelle, la circulation d'un film est financièrement et physiquement limitée. Financièrement car, on l'a vu, le coût d'une copie n'est pas négligeable, et les distributeurs modèrent donc le nombre de copies qu'ils font circuler en fonction du succès escompté. Physiquement ensuite car, évidemment, une même copie ne peut se retrouver dans deux salles en même temps. Avec le numérique, la copie physique peut carrément disparaître ! Le mode de diffusion est simple : dans chaque cinéma, un serveur reçoit les films, soit sous la forme physique d'un disque dur, soit sous la forme immatérielle d'un fichier numérique s'il est connecté à Internet ou à un satellite adéquat, puis les décode et les envoie au projecteur. Le nombre de copies d'un même film peut donc largement augmenter, et la diffusion est assouplie, que ce soit en terme de nombre de salles ou de durée à l'affiche.
Quatrième avantage enfin, et non le moindre : la qualité de l'image et du son. De l'avis de tous les spécialistes, celle-ci est indéniable. Elle présente en plus, nous l'avons vu, l'avantage de ne pas baisser avec le temps et l'usure. Et le numérique est le support sine qua non du cinéma en trois dimensions !

L'équipement des salles en France
La sortie du film Avatar de James Cameron aurait-elle finit de convaincre les exploitants de salles de cinéma de l'utilité du passage au numérique ? A en croire les résultats de conversion des salles au d cinéma en 2009, on sent en tous cas que le mouvement est désormais bien lancé : 894 écrans sur 5418, soit 18 % du parc français (Manice), étaient équipés à la fin de l'année dernière. Un progrès sensible puisque fin 2008, seules 252 salles (5 %, Manice) avaient franchi le pas ; contre 66 l'année précédente. La numérisation du réseau hexagonal s'accélère donc nettement, plaçant la France à la pointe de la modernité : elle était, fin 2008, le second pays équipé en Europe avec environ 15 % de la totalité des écrans numériques sur le continent (Media Salles).
Dans cette course au progrès, CGR mène le bal : 352 de ses 375 écrans sont déjà à la norme d cinéma. Europalace (Pathé et Gaumont) compte 149 écrans, Kinépolis en rassemble 64, Cinéville une quarantaine, Cap Cinéma une vingtaine et MK2 une dizaine. Le solde est formé de propriétaires indépendants. A noter également que la plupart des salles numérisées appartiennent à des multiplexes, certains ayant opté pour la conversion totale de leurs complexes (CGR), quand d'autres se contentent pour l'instant de panacher offre numérique et offre analogique. Certaines salles combinent d'ailleurs encore les deux systèmes.
Malgré l'importance des investissements nécessaires au passage au numérique – 70 à 80 000 € par salle en comptant serveur, projecteur, aménagement de cabine, câblages, librairie centrale... - les exploitants français semblent donc convertis, à l'exception notable du deuxième d'entre eux, UGC, qui attend toujours de pouvoir négocier des prix plus intéressants. Un écueil reste à franchir : équiper les salles indépendantes pour qui les frais de conversion sont quelquefois inabordables.
Petites salles : quid de l'aide du CNC ?
Dernière polémique liée au passage des salles obscures françaises à la norme numérique : l'aide proposée par le CNC aux petites salles. Pour éviter un parc de salles à deux vitesses, avec d'un côté les gros exploitants privés en numérique, et de l'autre les petites salles indépendantes en analogique ; le CNC propose en effet, via un fond de mutualisation, d'aider les exploitants propriétaires de moins de 50 salles. Idée généreuse, qui a néanmoins provoqué la réaction ces derniers jours de l'Autorité de la concurrence. Si le passage au numérique, explique celle-ci, correspond bien à un « intérêt général » ; l'intervention du CNC, régulateur sectoriel, dans un fond de mutualisation « est de nature à créer d'importantes distorsions de concurrence ».
Ce 10 février, le CNC semble avoir pris bonne note de l'avis de l'Autorité mais persiste dans son modèle d'aide. Affaire à suivre.
Avatar : un exemple qui fait sens
Test géant pour le marché du cinéma numérique, la sortie d'Avatar permet d'ores et déjà de tirer quelques enseignements, sa diffusion en trois dimensions n'étant possible que dans des salles converties au nouveau format. En France, alors que le film était diffusé dans 450 salles en 3D, pour une sortie dans quelques 900 salles au total ; les premières ont réalisé 65 % des entrées. Sur la période des fêtes, très significative en matière de fréquentation des salles, UGC, seul exploitant à ne posséder aucun écran numérique, a vu sa part de marché baisser de 20 %. Cela n'inquiète en rien le géant des multiplexes, qui, par la voix de son directeur général Alain Sussfeld, déclare qu'« il est incontestable qu’Avatar a créé un différentiel entre les écrans numériques et les autres. Mais ce n’est pas un film qui fait une année et, en 2009, sur les sept premières salles, cinq appartiennent à UGC. » Reste que les premiers résultats de diffusion du film de James Cameron a permis de rassurer largement ceux qui s'inquiétaient d'avoir osé franchir le pas !
Publicité et cinéma numérique
La publicité au cinéma, ces derniers temps, c'est surtout une histoire d'instabilité : chiffre d'affaires qui joue aux montagnes russes, part de marché déjà faible qui tend à s'effriter... Mais l'année 2009 s'est révélée plutôt positive, avec un chiffre d'affaires total à 214 M€, en progression de 8,1% (Yacast) par rapport à 2008. Et l'avènement du numérique pourrait bien confirmer cette tendance.
Car en terme de publicité, la numérisation des salles représente ni plus ni moins qu'une petite révolution. Financièrement, les films publicitaires deviennent, comme leurs homologues artistiques, moins chers à produire et à diffuser. Techniquement, les possibilités sont infinies : 3D, interactivité, effets spéciaux... tout est faisable. Et en terme de performances, c'est le jour et la nuit : le numérique permet de mettre les créations publicitaires à disposition des salles en un temps record – un clic là ou il fallait envoyer une bande par courrier, et la diffusion des playlist gagne énormément en souplesse. Ainsi, on pourra désormais choisir à chaque diffusion les publicités que l'on passe en fonction de l'heure, on pourra cibler précisément les zones de chalandises en fonction du type de public qui fréquente les salles... On passe donc, pour faire simple, d'un media planning où le cinéma était surtout utilisé pour faire de l'audience, à un media planning où la publicité cinéma pourra être négociée en fonction de critères d'efficacité, ce qui n'est pas peu dire.
Du coup, les deux grandes régies du secteur, Screenvision et Médiavision ne cachent pas leur enthousiasme et imaginent déjà mille possibilités pour que les téléspectateurs cessent d'arriver en retard aux séances dans le but d'esquiver le tunnel publicitaire d'avant film. « L'idée », explique-t-on chez Screenvision, « c'est d'offrir un spectacle avant le spectacle. » Programmes courts, créations interactives, films publicitaires 3D, animations conjointes en salles... on ne s'interdit aucune idée. D'autant plus que l'activité cinéma se porte bien et que le public traditionnel des salles, et particulièrement des multiplexes équipés en numérique, est à priori très captif sur ce type d'innovations technologiques : jeune (27,9 % de 15-24 ans), urbain (56,9 %) et CSP + (25,3 %, chiffres Médiamétrie 75000 Cinéma). Mieux encore, le numérique pourrait permettre aux régies de diversifier leurs sources de revenus puisque, d'ores et déjà, elles commencent également à se positionner comme productrices de contenus publicitaires.
Revue de possibilités : quelques créations numériques
- MK2 et Orange : Roland Garros en 3D
Pour démontrer l'étendue des possibilités offertes par le numérique, MK2 Multimédia et Orange ont frappé en grand coup d'office : le 7 juin 2009, à 15 h, ils proposaient la finale du tournoi de tennis de Roland Garros en direct et en 3D... au cinéma. Cinq salles participaient à cette opération à Paris, Madrid, Barcelone et Valence, grâce à la filiale de diffusion GlobeCast d'Orange et à cinq caméras stéréoscopiques qui filmaient la rencontre en direct. Une opération certes à petite échelle dans un premier temps, mais aussi à grande valeur d'exemple.
- ScreenVision, SFR et Thierry Mugler
ScreenVision, qui semble pour l'instant en pointe en termes de publicité numérique, multiplie les initiatives. Deux exemples avec SFR et Thierry Mugler. Pour le premier, l'opération « Yo ! Big battle » a été mise en place l'été dernier dans 6 multiplexes parisiens et provinciaux. Le principe ? Un personnage à l'écran « balance une vanne » destinée soit aux hommes, soit aux femmes ; les « vannés » répondant par des sifflets, qui, s'ils sont assez fort – un capteur en détecte l'intensité – font éclater la tête du « vanneur ».
Seconde opération, moins innovante mais plus classieuse, avec Thierry Mugler : un programme court intitulé Les étoiles montantes du cinéma et mettant en scène trois jeunes comédiennes françaises expliquant leur vocation pendant une séance de shooting photo au studio Harcourt.
- Médiavision et Haribo : des bonbons 3D
Pas en reste, Médiavision s'approprie également la publicité 3D avec notamment une publicité Haribo diffusée en introduction du film Là-haut de Disney l'an dernier. Sur cette belle création, le spectateur équipé de ses lunettes 3D se retrouvait flottant au milieu de l'espace interstellaire entouré d'une multitude de bonbons Haribo, parmi lesquels figuraient bien sûr la légendaire fraise Tagada et la non moins célèbre banane chimique.
Ils ont dit...
« Le numérique offre beaucoup d'avantages: la réduction des coûts techniques, mais aussi une réactivité et une souplesse qui permettront, par exemple, de découper l'offre entre la semaine et le week-end. »
Caroline Chiron, ScreenVision
« Cela permet de capter encore plus l'attention du spectateur et constitue pour nos annonceurs un nouveau terrain créatif pour la mise en avant de leur marque. »
Eric Jourdan, Médiavision, à propos de la 3D
« Trois éléments clés pour résumer ce qui me paraît nouveau dans l'expérience numérique avant-programme : un accès simplifié au média, des formes de divertissement renouvelées, et un avant programme qui devient une première partie de spectacle. »
Julien Marcel, ScreenVision
« Avec le numérique, les marques pourront cibler précisément leurs clients dans telle ou telle salle puisque nous en connaissons la fréquentation détaillée. »
Jocelyn Bouyssy, CGR
« Hier, on cherchait avant tout la mesure d'audience. Aujourd'hui et demain, on cherchera de plus en plus la mesure d'efficacité. Et il est vrai que le numérique permettra, dans l'ensemble de la chaîne média, de savoir qui a vu quoi, et quelle a été l'action qui a succédé à cette communication. »
Dominique Delport, Havas Media
« Le numérique au cinéma, c'est plus de souplesse, plus de réactivité, et plus d'efficacité. »
François Goddet, Zenith Optimedia
« Le numérique, c'est une formidable possibilité de passer des formats plus longs au cinéma. »
Anne-Marie Gaultier, Bouygues Telecom
Nicolas
Priou
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