DOSSIER CIBLE n° 1 :
Les architectes

Focus sur une cible de communication


L'architecte et l'innovation

Comment lancer un nouveau produit dans l'industrie de la construction ? Quel rôle tient l'architecte dans l'utilisation d'un produit innovant ? Le media-planneur qui se voit confier l'achat d'espace pour le lancement d'un nouveau produit doit nécessairement s'interroger sur les futures conditions d'utilisation de ce produit pour optimiser sa campagne.

L'innovation, en architecture, passe tout d'abord par un organisme : le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB). En cas d'innovation, le CSTB procède à des essais pour ensuite pouvoir certifier les produits concernés. Il délivre ainsi des avis techniques (avis sur l'aptitude à l'emploi des produits et procédés non traditionnels de construction), et des ATEx (appréciation technique d'expérimentation pour des chantiers expérimentaux faisant appel à des techniques innovantes). Seul ou en collaboration avec d'autres organismes, il est également apte à délivrer des marques normatives : CSTBat, NF, ACERMI, ACERFEU, ACOTHERM.

L'innovation n'est donc pas uniquement le fait de l'architecte : elle est d'abord le fruit d'un travail d'expérimentations scientifiques et de construction de normes. Et, selon Alain Maugard, président du CSTB, dans une interview accordée au site internet Batiactu.com : "Les bâtiments publics cristallisent le mouvement architectural (...). Ce sont incontestablement l'Etat et les collectivités locales qui prennent le plus de risques." Priorité des priorités donc : les architectes travaillant avec les collectivités publiques.

Il en va ainsi des constructions ou rénovations de bâtiments HLM. Selon Michelle Bardin, de l'Union Nationale des Offices HLM, "les HLM ont beaucoup innové tant qu'on construisait des grands ensembles. Ils le font toujours aujourd'hui, mais de manière moins visible : l'innovation HLM est actuellement axée sur le développement durable, c'est à dire sur l'utilisation de nouveaux matériaux, la maîtrise de l'énergie et l'intégration du bâtiment dans un site naturel." La préoccupation principale des architectes travaillant pour du logement HLM est donc d'être proche des besoins des habitants, de maîtriser les coûts par l'utilisation de techniques ou de matériaux bons marchés. "On peut voir par exemple à Boulogne un immeuble dont les parties communes sont éclairées naturellement par le biais de carreaux de verre surplombant la cage d'escalier. Ou encore d'autres édifices bâtis en bois ou en brique pour des coûts moindres. La norme HQE [Haute Qualité Environnementale] est également de plus en plus appliquée." Le mouvement HLM procède également à des expérimentations environnementales avec le programme REX HQE. Celui-ci a abouti, par exemple, à la mise en place d'un "procédé économiseur d'eau" pour la résidence "Le Pré de la Cour", à Meillonnas, dans l'Ain.

Pour ce qui est des chantiers de travaux publics, l'innovation n'est pas particulièrement le fait des architectes : "[elle] se fait principalement au niveau des ouvrages d'arts que sont par exemple les ponts. Elle provient plus souvent des entreprises par le biais des ingénieurs concepteurs.", commente Philippe Morelli, rédacteur en chef de BTP Magazine. La condition de l'innovation pour ce type d'ouvrage est l'acceptation ou l'initiative de l'Etat (par l'intermédiaire de ses représentants régionaux et départementaux). Les procédures et les matériaux utilisés (comme le béton haute performance) doivent être "des procédures et matériaux connus et reconnus par la maîtrise d'ouvrage, ce qui freine quelquefois les initiatives novatrices" précise Philippe Morelli.

Élément clé de la communication vers l'architecte innovateur : le rassurer... sur les assurances. Toute construction dirigée par l'architecte est en effet soumise à un certain nombre de règles : règles de calcul ou d'exécution, normes de résistance au feu, à l'eau ou à la neige... Et il est naturel que les assurances exigent d'une construction qu'elle respecte ces règles. L'architecte qui souhaite innover en utilisant de nouveaux matériaux ou de nouvelles technologies se retrouve donc en butte aux assureurs qui refuseront systématiquement de prendre le risque d'assurer un produit dont ils ne sont pas en mesure d'évaluer les "réactions". Le principal organisme de certification des produits innovant étant le CSTB, il est naturel pour un media planneur de communiquer en priorité auprès de ceux qui y travaillent, et qui sont aussi bien des ingénieurs, des techniciens, que des architectes. En complément, il devra aussi cibler les "moteurs" de l'innovation architecturale, donc les organismes HLM et les revues qui y sont liées, ainsi que tout ce qui touche les bâtiments et travaux publics.


Nicolas Priou
Les outils de travail de l'architecte

Ces dix dernières années ont vu l'environnement de travail des architectes bouleversé par les apports de l'informatique et la généralisation de l'usage d'Internet.
Si les cabinets se sont d'abord équipés en Macintosh, réputés mieux convenir aux petites structures, la coopération avec les bureaux d'études et les entreprises du bâtiment, équipées pour la plupart de PC, a progressivement mené les architectes à s'aligner sur ce type de machines.

Internet a, comme partout, fait son entrée dans les entreprises d'architecture, qui l'utilisent principalement pour l'échange de document par e-mail. Au niveau logiciel, Autodesk occupe le marché avec son programme de dessin AutoCAD. Certains utilisent encore des logiciels plus anciens, comme PC Bat, mais ceux-ci ne semblent pas avoir suivi, ni en développement, ni en marketing. Et certains cabinets utilisent également des programmes d'imagerie 3D, la plupart du temps développés en interne.
Feutres, tables à dessin, règles et autres rouleaux de calque ont le plus souvent été abandonnés, le reste de "l'outillage" des cabinets étant composé du traditionnel matériel bureautique : photocopieuses, imprimantes (couleur), fax... Les fans de gadgets y ajoutent des appareils de mesure divers et variés ("mètres" laser, luxmètres...).
Paroles d'architectes

Ces interviews ont été recueillies lors du Bâtimat 2001 qui s'est tenu du 5 au 10/11/2001 :

J-P, maître d'oeuvre

Dans quel(s) domaine(s) pensez-vous être ou ne pas être prescripteurs ?

Sur un chantier, nous voyons d'abord l'ensemble de la commande, et nous décidons de la structure. La prescription généraliste est du domaine de l'architecte. Les aspects techniques vont faire l'objet de l'intervention de spécialistes. Pour tout ce qui est finition, c'est un échange entre nous et les maîtres d'ouvrage.

Quel rôle jouez-vous dans l'innovation ?

Quand il y a un produit nouveau à mettre en œuvre, nous nous posons d'abord la question : "a-t-il déjà été utilisé ?". Si ça n'est pas le cas, nous ne l'utilisons pas car, dans le cas contraire, on s'attire les foudres des commanditaires si un problème survient avec le produit.

Quels titres de presse lisez-vous pour l'exercice de votre métier ?

Je ne mettrai pas en avant un titre plutôt qu'un autre. Je butine toutes les revues d'architecture et les revues d'expertise.

Propos reccueillis par Nicolas Priou et Julien Solonel.

Yves
Lemarchand,
Endergonic
Architectes,
Paris
tM - Dans quel(s) domaine(s) pensez-vous être ou ne pas être prescripteurs ?
Je prescris tout jusqu'au petit tuyau. Dans mon style de chantier, le bâti-ment industriel, je ne peux pas déléguer car j'assure un suivi : conception, réalisation, analyse de la maintenance et interventions ultérieures.

tM - Quel rôle jouez-vous dans l'innovation ?
Je décide d'utiliser un produit innovant, s'il y a un
avis technique, et grâce à mon assurance. Chaque fois que nous faisons appel à des techniques non traditionnelles, nous sommes soumis à des primes en cas de contentieux. Faire appel à l'extérieur est la pire des erreurs car il faut avoir une vision globale des choses. Malheureusement, en France, l'architecte n'est pas reconnu comme ingénieur ou chercheur : on l'autorise simplement à être un artiste.
tM - Quels titres de presse lisez-vous pour l'exercice de votre métier ?
Plus aucune revue française, car elles sont orientées entrepreneur : elles traitent de marché et non pas de création ou de production, et elles ne traitent jamais d'innova-tion. Je lis donc la presse allemande, japonaise, ainsi que des documents de constructeurs et des brevets. J'ai par contre de belles archives de revues françaises.
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