Quand
la ville devient média
Derrière
des chiffres plutôt ternes, avec une « petite »
croissance de 0,2% seulement entre 2005 et 2006 (Chiffres IREP 2007),
le marché de la publicité extérieure cacherait-il
une profonde mutation ? En regardant plus en détail, on constate
que si l'affichage grand format est en régression, les marchés
des transports et du mobilier urbain progressent tous deux de 3%.
Effet Vélib' ? Effet, surtout, d'une compétition accrue
entre les différents acteurs du marché, qui les pousse
à toujours plus d'innovations, avec un accent mis sur l'interactivité,
la mobilité, et les opérations spectaculaires. Bref,
plus que jamais, la communication extérieure est une affaire
d'urbains.
Un
marché en berne ?
Première coupable
de cette « petite santé » du marché
de la communication extérieure : l'autorisation, pour les marques
de la grande distribution, de faire leur pub à la télévision.
Car si ces dernières continuent d'utiliser largement l'affichage
publicitaire, elles ont néanmoins répartit leurs investissements.
Nouvelle
Affimétrie
Pour rester en phase avec le
marché, l'étude d'audience Affimétrie a,
elle aussi, connu quelques évolutions. Après avoir
intégré, en plus des trois principaux afficheurs
français (JCDecaux, CBS Outdoor et Clear Channel), deux
« petits » réseaux, Insert et Affimext,
elle étend son champ d'action, en juin dernier, en mesurant
l'audience bus et métro des offres Clear Channel et Metrobus.
Affimétrie suit également les nouvelles technologies,
avec la prise en compte, depuis octobre, de l'effet du déroulement
et de l'éclairage des panneaux dans ses mesures d'audience.
Enfin, depuis octobre également, les « ruraux »
font leur apparition dans les résultats Affimétrie,
puisqu'on mesure désormais leurs contacts avec les réseaux
d'affichage, lorsqu'ils séjournent dans des communes
de plus de 10 000 habitants.
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Ainsi, elles restent le
premier client des régies de communication extérieure,
avec une part de marché de 23% sur les dix premiers mois de
2007, mais cette part de marché est en baisse de 8,2% sur la
même période, comparativement à l'année
précédente (Baromètre Yacast) ! Deuxième
explication de ces « mauvais » résultats
à l'issue de l'année 2006 : la part de marché
de la publicité extérieure subit, depuis quelques années,
une lente érosion, passant de 13,2% des investissements médias
en 2003, à 12 % dans la dernière livraison des chiffres
clés de l'UDA en 2006. La faute, bien sûr, à la
part grandissante d'Internet, et à l'explosion de l'offre télévisuelle
avec, notamment, l'arrivée de la TNT. Des chiffres qui demeurent,
ceci dit, à relativiser : les secteurs transports et mobilier
urbain, sont, nous l'avons vu, en légère progression
; et les différents acteurs du marché affichent des
évolutions de chiffres d'affaires nettement positives. Loin
de subir une véritable crise, le marché de la communication
extérieure connaît donc plutôt une période
de renouvellement, avec l'arrivée de nouveaux produits technologiques,
et avec un éclatement de l'offre sur des supports toujours
plus nombreux et originaux.
De
nouveaux produits technologiques
Côté « techno »,
le dernier-né est l'affichage interactif. Selon la régie,
il peut prendre plusieurs formes. Le pionnier, CBS Outdoor, avait
fait grand bruit en 2005 avec une campagne EMI permettant de se connecter
par infrarouge aux affiches de promotion du dernier album de Daft
Punk.
Des affiches
interactives (Clear Channel) |
Depuis, le groupe
américain a remplacé l'infrarouge par le Bluetooth, et
propose un réseau interactif complet. Chez JC Decaux, le système
Chrono Connect représente une double innovation. Reposant sur
des vitrines déroulantes intégrant la technologie Bluetooth,
il permet d'une part aux annonceurs de diffuser leurs visuels par tranches
horaires (Prime, Day, Access et Night), à la manière de
ce qui se fait en télévision ; et d'autres part aux passants
de télécharger gratuitement sur leurs téléphones
mobiles un contenu interactif lié à la campagne affichée.
Même type d'innovation chez Clear Channel qui, en plus des boitiers
Bluetooth intégrés à certains de ses réseaux
en gare en 2006, vient de lancer avec Orange à Bordeaux le système
NFC : des « tags » intégrés aux
affiches qui permettent eux aussi, pour un coût moindre que le
Bluetooth, de télécharger sonneries et vidéos,
ou d'accéder à des offres promotionnelles. Et Metrobus
annonçait il y a peu son intention d'intégrer des boitiers
Bluetooth sur son réseau dans le courant 2008.
Autre marotte des afficheurs : la publicité lumineuse. Pour mettre
en valeur les créations de leurs clients, les départements
innovations des différentes régies rivalisent d'imagination.
Pour l'horloger Audemars Piguet,
Des affiches
électroluminescentes (JCDecaux) |
CBS a conçu
un dispositif permettant de faire ressortir en « brillant »
les aiguilles et les cadrans d'une montre. Chez JCDecaux, c'est Yves
Saint Laurent qui a bénéficié le premier d'un
procédé permettant de surligner le nom de son dernier
parfum, "Elle", avec un marquage lumineux. Et Clear Channel
a offert récemment à UPS la possibilité d'intégrer
à ses visuels un personnage dont l'oeil s'ouvre en s'illuminant
et se referme en s'éteignant.
Ces nouveaux outils technologiques, qui viennent s'ajouter aux nombreuses
innovations tentées ces dernières années (affiches
sonores, diffuseurs d'odeurs,...) confirme une tendance récente
du secteur de la communication extérieure : on ne se contente
plus de « montrer » une campagne, mais on la
donne à voir, en animant les visuels, en créant de l'interactivité,
en interpellant de plus en plus la cible et en provoquant sa réaction.
Evénementialisation
de l'affichage
Corollaire de cette tendance : une « événementialisation »
de plus en plus prégnante de la communication extérieure.
Certaines campagnes, et particulièrement celles assurant les
lancements de produits, sont devenues de véritables spectacles
de rues. Aux affiches, on ajoute des voitures repeintes aux couleurs
de l'annonceur, des stations et rames de métro et de train
entièrement relookées, des cartes postales dispersées
un peu partout... Un phénomène sans cesse renforcé
par la création de cellules dédiées à
l'innovation chez les différents afficheurs, capables de concevoir
une campagne multisupport clé en main ; et par l'imagination
débordante des créateurs de nouveaux « médias ».
Des campagnes
- événement - CBS |
Il suffit de jeter un oeil à la liste interminable
des nouveaux supports apparus ces dix dernières années
pour s'en rendre compte. Le moindre recoin, le moindre objet de notre
vie quotidienne, est aujourd'hui exploité à des fins
publicitaires par ces médias tactiques et de proximité.
Tous ont en commun un caractère particulier qui les rend plus
tape à l'oeil que la simple affiche : ils roulent (cars, voitures,
scooters, segway, vélos...), volent (montgolfières,
zeppelins...), se situent dans un lieu insolite (les toilettes, les
cabines d'essayage, les tables de bistrots...) ou très ciblé
(les soirées étudiantes, les stations de skis, les parcours
de golf), accompagnent un service (publicité sur boîte
de pizza, au verso des photocopies), ou encore cachent la misère
(toiles sur les façades de bâtiments en travaux). L'utilisation
combinée de ces nouveaux supports originaux et des affiches
et mobiliers urbains plus classique donne une véritable idée
de l'affichage de demain : spectaculaire et omniprésent.
Une
communication mobile et de proximité
Omniprésent. Le mot est lâché.
C'est dans l'omniprésence auprès du consommateur, dans
l'accompagnement tout au long de ses déplacements quotidiens
– de la maison au travail,
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Nouvelle
donne parisienne
Le 27 septembre dernier, un
nouveau règlement parisien de la publicité était
adopté, qui pourrait augurer d'une profonde modification
du paysage publicitaire urbain. En effet, parmi les dispositions
prises, trois restreignent considérablement le champ
d'action des afficheurs : le format 4x3 est désormais
proscrit, les supports existant doivent être retirés
; le recours aux zones de publicité élargies –
aux règles plus souples que celles régissant l'affichage
en agglomération au niveau national – est abandonné
; et les MUPI (Mobilier Urbains Publicitaires Interactifs comportant
une affiche déroulante et éclairée de 8
m²) devront être peu à peu démontés.
Notons également que les publicités défilantes
devront être stoppées entre 0h et 7h, et que, note
positive pour les afficheurs, la publicité sur façade
de monuments historiques en travaux est désormais permise.
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du travail au lieu
de loisir, de la maison au centre commercial... – que réside
aujourd'hui la clé de la communication extérieure. La
mobilité est le caractère principal du nouveau consommateur,
la publicité doit donc, elle aussi, être mobile. La guerre
entre JC Decaux et Clear Channel pour l'obtention du vélo en
libre service parisien en est la démonstration : dès qu'un
nouveau territoire de communication se présente, les régies
se l'arrachent. Et à côté de ces nouveaux territoires,
les « anciens » sont remaniés : les différents
réseaux proposés par les afficheurs ont aujourd'hui totalement
intégré cette notion de mobilité, grâce à
une plus grande souplesse d'utilisation, à des approches geomarketing
de plus en plus précises (définition de zones en fonction
du type de cible qui les traversent ou des activités qu'on y
pratique) et à des mesures d'audience toujours plus complètes
(voir encadré). Au bout du compte, la ville entière devient
média, traversée de part en part par des réseaux
de communication toujours plus nombreux. Ce que JC Decaux résume
avec sa nouvelle signature : « City provider »,
fournisseur d'accès à la ville.
Nicolas
Priou
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La
guerre des vélos
Né en toute discrétion
à Rennes, le concept du vélo en libre service est
devenu le phénomène du moment depuis qu'il est apparu
à Paris. Le pionnier en la matière, Clear Channel,
a d'ailleurs livré une véritable bataille de tranchée
contre son adversaire JCDecaux, qui venait de le copier à
Lyon, pour l'obtention du marché. Pourtant, en dehors des
campagnes à but caritatif, pas de publicité sur
ces vélos en libre service. Quel intérêt alors
? C'est que, à Lyon comme à Paris, c'est un ensemble
mobilier urbain + offre de vélo en libre service qui faisait
l'objet d'un appel d'offre. Proposer un système de location
de vélos est donc devenu quasi obligatoire pour qui souhaite
obtenir la concession du mobilier urbain d'une ville. Et puis,
d'autres utilisations « publicitaires »
sont envisageables : ainsi, Louis Vuitton a offert l'abonnement
Velib' à l'ensemble de ses employés.
Derrière nos deux grandes métropoles, beaucoup ont
suivi et se doteront d'ici peu (ou possèdent déjà)
de leur propre système de vélos libre service :
Marseille, Rouen, Toulouse, Amiens, Nantes, Aix, Besançon
et Mulhouse ont opté pour JC Decaux ; Caen et Dijon pour
Clear Channel. Montpellier et Orléans ont quant à
eux choisi des sociétés de transport pour développer
leur offre. |
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Une
prise en compte environnementale
Face aux nombreuses objections
qui leur ont été opposées d'un point de vue
environnemental (pollution visuelle), les afficheurs ont fait
preuve ces dernières années d'une attention toujours
accrue à l'aspect de leur mobilier. Les design sont aujourd'hui
plus nombreux et plus variés, pour répondre plus
facilement aux exigences des différentes villes. Le vélo
en libre-service fait également partie de cette stratégie
« environnementale », qui permet aux « afficheurs-pollueurs
» de se donner une image d'entreprises sensibles à
la baisse de la pollution (non visuelle) urbaine. Enfin, notons
que Clear Channel a récemment passé un accord avec
la firme Arjowiggins, qui lui permettra de proposer aux annonceurs
d'imprimer leurs visuels sur du papier 100% recyclable. |
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