| DOSSIER : Télé, Radio |
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Télé et radio : la quatrième dimension «
Catch up », « VOD », « Time shifting »,
« TMP », « podcasts », « offres délinéarisées
»... depuis quelques temps, une foule de termes barbares envahit
le vocabulaire des acteurs TV et radio. Des sigles et autres anglicismes
indicateurs des temps qui changent. Après la FM puis le câble
et le satellite, Internet, la convergence média – tiens,
un autre gros mot ! – et les progrès technologiques sont
en train d'amorcer un profond bouleversement de notre paysage audiovisuel. Les temps changent... À
la conclusion de ce bouleversement, c'est un véritable putsch
qui se profile, avec une prise de pouvoir du spectateur – ou
de l'auditeur – sur un élément qu'il ne pouvait
maîtriser jusqu'ici : le temps. Certes, il y avait le magnétoscope
– ou son équivalent audio, l'enregistreur, ces bons vieux
appareils d'un autre siècle qui permettaient d'enregistrer
les programmes pour les regarder – les écouter –
plus tard. Il y avait la vidéothèque, ce lieu bien éloigné
de la maison où l'on pouvait aller louer quelques films pour
éviter Champs Elysées à la télé.
Plus récemment, Canal + avait ouvert une brèche en lançant
son « bouquet », qui permet aux abonnés d'accéder
à des programmes tournant sur quatre chaînes à
des horaires et dates différents. Mais il n'y avait pas là
de quoi inquiéter les programmateurs des autres chaînes
bien calés derrière leurs écrans. La révolution
numérique, elle, est en passe de donner au public un véritable
pouvoir : celui de construire leur propre grille.Tout commence avec le podcast radio, cette possibilité pour les auditeurs de se rendre sur les sites des stations pour y aller quérir les émissions qu'ils avaient manquées dans la semaine. Le service est aujourd'hui généralisé, et un quart des auditeurs radio l'ont déjà utilisé. En télé, c'est la VOD – Video On Demand ou télévision à la demande – qui a ouvert la voie. En clair il s'agit d'une vidéothèque en ligne : on choisit un film sur catalogue, et, moyennant paiement, on le télécharge sur son disque dur pour une durée déterminée, ou on le visionne immédiatement en streaming. Des opérateurs indépendants se sont lancés, les grandes chaînes ont suivi (TF1Vision, Canalplay, Francetvod, M6video, Artevod...), proposant d'abord des films, puis leurs programmes, et le marché est florissant : 27 millions d'euros en 2007 selon le CNC (Centre National de Cinématographie). Le modèle économique du paiement à l'acte fonctionne, mais le modèle gratuit avec intégration de publicité en début de vidéo semble avoir de plus en plus d'adhérents. Directement derrière la VOD est arrivée la catch up TV, ou télévision de rattrapage en bon français. Le principe est celui du podcast : on peut, sur Internet, visionner un programme après sa diffusion en télé, pendant un certain délai. Là, le service se limite aux émissions et séries, les producteurs de films considérant le catch up comme une VOD qui ne dit pas son nom, et réclamant donc rémunération. Et les modèles divergent : TF1 (TF1Vision) fait payer, France Télévisions a confié sa plate forme à Orange (Rewind TV) qui la réserve à ses abonnés, Canal réserve la sienne (Canalplusalademande) aux abonnés du bouquet, Arte (Arte+7) et M6 (M6Replay) proposent un service gratuit. Les supports divergent aussi, pour le catch up comme pour la VOD, puisque certains services ne sont disponibles qu'en ligne, ce qui nécessite une certaine initiation, quand d'autres sont liés aux « box » ADSL et décodeurs satellites, et donc plus accessibles à tout un chacun. Parallèlement à ces deux services, l'arrivée des disques durs dans les « box » ADSL, télés et décodeurs, ou plus simplement dans des enregistreurs numériques, amène elle aussi, en plus du rôle de simple magnétoscope, sa petite nouveauté : le « time shifting », ou possibilité de piloter le programme en cours de visionnage en le mettant en pause ou en revenant en arrière. Le bémol, c'est qu'à l'heure actuelle, tous ces beaux outils sont conditionnés par l'équipement des foyers et l'initiation de leurs membres au monde du numérique. Leur utilisation reste donc encore l'apanage d'un public jeune et plutôt aisé. Mais comme c'est le cas avec de nombreux phénomènes liés au web, leur montée en puissance ne saurait tarder à se faire sentir. Preuve en est, s'il fallait une preuve : la vigilance des producteurs de cinéma quant à l'utilisation de leurs films en catch up. ...les supports se « délinéarisent »
Ce que fera bientôt la télé... Car en arrivant sur les ordinateurs par le biais d'Internet, et sur les téléphones portables ; la télé, elle, est en train de se délinéariser. Et de gagner cette mobilité chère à la radio. Au sein du foyer déjà : l'ordinateur connecté à Internet, devient, comme le soulignent Renan Bourgeois et Alexandre Dureux (voir interview), le deuxième écran du foyer. Et en dehors du foyer, demain avec la TMP (Télévision Mobile Personnelle). Déjà accessible aux possesseurs de portables 3G, la télévision pour mobile va se généraliser début 2009 avec une diffusion en norme DVB-H, plus efficace et de meilleure qualité. Avec là encore, le bémol de l'équipement : il faudra acheter des terminaux compatibles avec cette norme. Mais passé ce moment inévitable de son développement, la TMP changera elle aussi le mode de consommation de la télévision. Le cas Orange est sans doute exemplaire d'un certain avenir : l'opérateur, présent à la fois sur les marchés web, téléphone mobile, et TV, promet d'ores et déjà à ses abonnés qu'ils pourront commencer à visionner leurs programmes sur une télé reliée à une box ADSL ou à un boitier satellite, continuer sur l'écran de leur téléphone mobile (Orange bien sûr !) – en prenant le bus, par exemple, puis finir sur l'écran de leur ordinateur portable relié à Internet une fois arrivés au travail ! Comment ne plus se passer de télé ?
Nicolas Priou | |||