| DOSSIER : Le Sport et les Médias |
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Les nouveaux terrains de jeu du marketing sportif
A l'ère pré-télévisuelle déjà, sports et médias étaient étroitement liés. Les grands journaux sont partenaires des plus belles épreuves cyclistes, racontées dans leurs colonnes comme autant d'épopées aventureuses. Depuis le phénomène n'a fait que s'amplifier. La carrière des sportifs dépend des sponsors et de l'argent qu'ils arrivent à en tirer. Et ces derniers capitalisent sur l'image et les performances de leurs poulains. Jusqu'à 2008 et ses Jeux Olympiques... quelque peu décriés. Diagnostique. Des spectateurs toujours plus regardants Rien ne va plus dans le monde du marketing sportif. Alors qu'il y a quelques mois encore, les annonceurs se battaient pour figurer parmi les sponsors des J.O. de Pékin ; les « heureux » élus réunissent ces jours-ci, selon l'AFP (27 mars 2008), des cellules de crises pour répondre aux accusations de « collaboration » des défenseurs des droits de l'homme. Dans les coulisses du foot, où les sponsors prennent habituellement peu la parole, Afflelou et Sendin, parrains du PSG, se sont récemment inquiétés des résultats de leur équipe, allant jusqu'à menacer de claquer la porte en cas de descente en Ligue 2 (avant de renouveler leur soutien quelques jours après, suite à « l'affaire de la banderole »). Avant ces deux sponsors, c'est Canal Plus, partenaire historique de la LFP, qui, lors du renouvellement des droits sportifs, s'est mis à tirer à boulets rouges sur la qualité du championnat afin de faire baisser les prix. Obtenant, au passage, gain de cause, puisque la Ligue ne doit l'augmentation globale des droits qu'à une offre assez finement saucissonnée pour faire payer à Orange ce que Canal ne voulait plus donner. Pas mieux du côté du cyclisme où ASO, qui cherche à sauver à tout prix le Tour de France, s'est retrouvé en guerre ouverte avec l'UCI à l'occasion de Paris-Nice : la seconde, frileuse en matière de lutte antidopage, ne supporte pas qu'ASO fasse preuve de plus de sévérité. Si l'on ajoute au tableau la polémique sur la combinaison « batteuse de record » fournie par Speedo à Alain Bernard et quatorze autres recordmen de l'année, on se dit qu'approcher trop près des terrains de sport devient dangereux pour une marque qui tient à son image. Le sport ne serait plus aussi valorisant pour les annonceurs qui le sponsorisent ? Définitivement, non. Il assure toujours les meilleures audiences télévisées. Rassemble toujours plus de monde dans les stades, sur les terrains, dans les salles ou sur le bord des routes. Mais avec la professionnalisation croissante des sportifs et l'avènement du sport business, c'est peut-être les spectateurs qui changent d'état d'esprit. Les sportifs sont descendus de leurs piédestaux et doivent rendre des comptes. Sont-ils dopés ? Réguliers dans leurs résultats ? Fidèles à leurs clubs ? Regardants sur les organisateurs d'événements ? En contrepartie des millions d'euros échangés, le public réclame son spectacle. Et pardonne de moins en moins les dérapages, les écarts de conduite, les contre-performances. Bref, le public est plus exigeant. Et les annonceurs, les fédérations, les clubs, les sportifs, doivent prendre ce paramètre en compte dans leurs stratégies de communication. Un paysage médiatique changeant
Internet, plus généralement, s'est taillé une place prépondérante dans les stratégies de marketing sportif. Il a bouleversé le merchandising sportif, permettant l'achat n'importe où sur le territoire de l'ensemble des produits dérivés vendus habituellement aux abords des stades et terrains de sport. Et permettant également aux amateurs de streetwear et autres fans de l'OL de personnaliser leurs vêtements (maillots, chaussures...). Le web est imbattable en termes de réactivité et d'exhaustivité : tous les résultats de compétitions ou d'exploits sportifs sont consultables en permanence, accompagnés ou non de vidéos. Les sportifs ou les clubs, à travers les blogs ou les réseaux sociaux, fédèrent des communautés de supporters autour de leur nom, et s'ouvrent ainsi la possibilité d'entretenir leur image au quotidien et d'être plus « séduisants » pour les sponsors. Côté télé, deux événements ont ou vont changer la donne : la TNT, et l'éventuelle suppression de la publicité sur le service public. Le sport à la télé est et demeure LE vecteur d'audience : en 2007, « petite » année en terme d'événements sportifs (pas de JO, pas de Coupe du Monde de football, mais une Coupe du Monde de rugby), sept des dix meilleures audiences étaient des matchs de la Coupe du Monde de rugby, les trois places restantes étant partagées entre le débat Royal-Sarkozy (6e), une interview du Président de la République (9e) et la caravane des Enfoirés (10e). L'arrivée de la TNT ne devrait rien y changer. En revanche, si les chaînes thématiques n'amènent pas encore de diversification du paysage sportif télévisuel, on observe un accroissement des diffusions de sports déjà présents : plus de foot, avec des diffusions de matchs de Ligue 2, plus de rugby, plus d'athlétisme, plus de tennis et de cyclisme... Chaque chaîne cherche à s'approprier une part du gâteau. Et c'est là que la suppression de la publicité sur France Télévision intervient. La télévision publique pourra-t-elle encore s'offrir Roland Garros ou le Tour de France ? Si oui, aura-t-elle toujours le droit de lier des partenariats avec les annonceurs ? Et vers où se redirigera la manne de la publicité « classique » ? Il semble que les écrans de TF1 et de M6 soient à peu près complets. La TNT devrait donc logiquement, avec Internet, récolter un bon pécule. La presse sportive, enfin, vit un calvaire. D'un côté, les gratuits ont vite saisi l'intérêt qu'ils avaient à s'approprier le sport, domaine populaire et fédérateur s'il en est. Aux côtés de Sport, donc, l'hebdo gratuit maintenant bien installé, Métro et 20 Minutes multiplient les suppléments à l'occasion des grands événements. D'un autre côté, Internet menace : on y trouve tous les résultats à peine les matchs terminés, et, pour les fédérations, il est bien moins cher d'éditer un site web qu'un magazine papier. Du coup même l'Equipe, pourtant en situation de monopole, perd des lecteurs et envisage un grand remaniement. Des perspectives d'avenir
Non,
décidément, l'avenir n'est pas au papier. Ou du moins
pas au papier journal. Car quand il est glacé et imprimé
des « Dieux du Stade » dans des poses suggestives, le
papier fait à nouveau vendre. Et c'est peut-être là
que se dessine l'avenir du marketing sportif : dans l'utilisation
qu'en fait Max Guazzini, président du Stade Français.
Depuis l'arrivée de l'ancien d'NRJ à la tête du
club, le rugby n'est plus tout à fait le même. Avec son
calendrier notamment, Guazzini a attiré vers le ballon ovale
un public pas forcément fan au départ. En affublant
ses joueurs de maillots roses, il a adoucit l'image guerrière
des rugbymen, qui effrayait certains. Du coup, les matchs au Stade
de France ne sont plus seulement des événements sportifs,
mais ils sont devenus de grandes fêtes populaires : on y vient
en famille, voir un match de rugby certes, mais aussi tout le grand
barnum qui l'entoure, avec ses cérémonies « d'ouverture
», ses mini-concerts, ses feux d'artifices. Le stade n'est plus
un lieu d'affrontement, mais un lieu de rassemblement festif. Cette
évolution de la rencontre sportive vers le spectacle total
qu'a bien sentie Max Guazzini, les autres dirigeants sportifs, à
l'image de ceux du football, ne l'ont pas vu venir. A cause, en grande
partie, de problèmes matériels : le « parc »
des stades français est trop vieux. Ils sont trop petits, sous
équipés, mal sécurisés. A cause aussi
d'une mauvaise gestion de l'image des joueurs, qui, professionnels
et millionnaires depuis bien plus longtemps en football qu'en rugby,
sont souvent vécus comme des mercenaires qui, d'un club à
l'autre, chassent les trophées. Une solution, pour les stades,
pourrait résider dans le naming : des annonceurs financent
constructions ou rénovations, et apposent en échange
leur nom à l'entrée de l'enceinte sportive, comme MMA
au Mans. Pour le reste, aux clubs, aux fédérations et
à leurs conseillers de faire preuve d'imagination.Autre piste d'avenir : la catch-up TV ou télévision de rattrapage. Une nouveauté qui consiste, une heure après leur diffusion « classique », à proposer les programmes en streaming sur Internet. Si M6 Replay, nom du service pour la chaîne de Nicolas de Tavernost, ne propose pas encore de sport par ce biais, Canal Plus offre d'ores et déjà aux abonnés de Canal Plus Le Bouquet les matchs de Ligue 1, du Top 14 de rugby, et diffusera également en catch-up les prochains JO. Un nouveau mode de diffusion qui en a pris certains de court : la LFP se bat déjà avec la chaîne privée pour établir s'il est partie intégrante de l'offre de télévision à la demande, ou s'il s'agit bien d'une nouvelle offre, faisant l'objet de nouveaux droits sportifs. Si l'on y perd la spontanéité et la magie du sport en direct, il s'agit bien là d'un nouveau territoire pour les annonceurs qui pourront parrainer la diffusion d'un événement. Toujours dans le monde du multimédia, on n'oublie pas non plus les jeux vidéo. Peu courant il y a encore quelques années, le principe du placement de marques s'est érigé en un véritable marché : il génère aujourd'hui, selon le magazine Sports et Stratégies, quelques 200 millions d'euros de chiffres d'affaire. On mesure même, par le biais d'Internet, l'audience des différentes banderoles et autres panneaux publicitaires insérés dans les jeux de courses automobile, de management de football ou les simulations de skate-board.
Nicolas Priou
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