Investir
les réseaux sociaux
« Communauté
d'individus reliés entre eux, selon les cas, par des origines,
des centres d'intérêts, des besoins, des points de vue…
proches ou similaires. » Derrière cette définition
se cache le dernier phénomène Internet : le réseau
social. Depuis un an, chacun cherche à créer le sien,
à intégrer ou à racheter ceux qui existent. Car
les réseaux sociaux, ou plutôt les sites web qui permettent
de les gérer, sont légions sur la toile.
| Quatre
questions à Philippe Coll, fondateur et président
de Klubs
Votre
définition du réseau social ?
Au sens strict, c'est un site de recommandation de type Facebook,
Viadéo,…. Par extrapolation, c'est un nouveau
type de « club » où la technologie
change tout. En offrant de nouvelles façons de se retrouver
« entre soi », elle oblige en effet
à réinventer les raisons de le faire.
Vous
venez de créer Klubs, une entreprise construite autour
de cette notion de réseau social, expliquez-nous ?
Chez Klubs nous travaillons précisément là-dessus.
Quelles raisons de se « retrouver entre soi
» une entreprise ou une marque peut-elle proposer ?
A qui ? Pour quoi faire ?
Dès l'instant où il y a un enjeu économique,
ces raisons ont forcément à voir avec la connaissance
d'un sujet ou le savoir-faire de l'entreprise. C'est pourquoi
nous avons mis au point la méthode des Knowledge-clubs,
ou Klubs. Nos Klubs sont conçus comme des accélérateurs
de création de valeur.
Création
de valeur ? Cela peut rentabiliser un site Internet communautaire
?
La bonne démarche est de construire un projet qui crée
de la valeur grâce à la coopération des
participants.
Ce n'est pas forcément une usine à gaz. Ce peut
être un projet local, voire ponctuel.
Imaginez que votre garagiste joigne à sa facture d'entretien
une invitation à rejoindre son club « tous
solidaires avec les nuls en mécanique ».
Il réussit d'une pierre plusieurs coups : désamorcer
une partie de votre sentiment de douleur quant à la
facture, vous fidéliser en se donnant les moyens de
vous relancer à bon escient, vous faire parler de lui
à vos amis. Trois effets directs sur le chiffre d'affaires.
A condition qu'il gère et anime habilement le savoir
qui sera échangé dans ce club, en contentant
les vrais nuls et les autres. Et ça c'est un métier,
le nôtre.
|
Tout commence au siècle dernier avec Classmates.com. Cherchant
à retrouver ses anciens camarades de classes, le fondateur
de ce site a la bonne idée d'utiliser Internet et crée
une application permettant à chacun d'inscrire en ligne son
parcours scolaire et d'être tenu au courant quand une autre
personne s'inscrit et précise avoir été dans
la même école. La réussite est telle que le nombre
d'enregistrement sur Classmates augmente de manière exponentielle,
atteignant rapidement le million. Ensuite, c'est l'escalade : les
sites de « réseautage social » (social
networking) se multiplient, réunissant leurs membres autour
d'une passion (jeux, cinéma, activité sportive), d'un
métier, d'un lieu... Et les internautes utilisant ces sites
de se multiplier eux aussi, grâce à un effet boule de
neige bien connu des sociologues et des publicitaires : untel en parle
à ses amis qui à leur tour en parlent à leurs
amis, qui à leur tour... etc. Du coup, derrière la vocation
purement sociale, finissent par se dessiner quelques perspectives
économiques fort intéressantes : à l'exemple
du groupe Arctic Monkeys, des artistes, mettant en ligne leurs créations
sur MySpace, réseau aujourd'hui bien connu de partage de musique
et de vidéos, émergent « spontanément »
sur la scène internationale, sans campagne publicitaire ni
diffusion radio ou télé. Un phénomène
qui pousse Rupert Murdoch, magnat des médias, à racheter
MySpace pour 580 millions de dollars ; et qui valorise FaceBook, communauté
d'étudiants qui a largement dépassé son public
d'origine, à quelques 15 milliards de dollars !
C'est que, publicitairement parlant, ces communautés en ligne
peuvent représenter de vraies pépites : elles réunissent
des cibles très qualifiées, qui aiment à échanger
entre elles et à commenter – tel ou tel évènement,
tel ou tel concept, telle ou telle idée, tel ou tel... produit.
Elles génèrent leurs propres informations et les diffusent
à grande vitesse. Elles sont des espaces de création,
d'imagination, très prolifiques. Tout cela étant renforcé
par l'arrivée du Web 2.0 qui permet aux membres de ces communautés
d'être de plus en plus « acteurs » du
contenu des sites, et non plus seulement simples « visiteurs »
des pages des autres membres.

Tout commence par une inscription |
Le moyen le plus évident d'utiliser publicitairement un réseau
social ? Le marketing viral. Chaque utilisateur d'un site de « réseautage
social » choisit parmi les autres usagers ceux qui « l'intéressent »,
avec qui il a une passion en commun ou d'autres affinités,
se créant ainsi un cercle de confiance. En accrochant un des
membres de ce cercle de confiance, une marque s'ouvre une porte, une
chance d'accéder aux autres. Si le membre accroché trouve
un intérêt à la marque, ou au produit qu'elle
promeut, et que cette marque ou ce produit fait partie de l'univers
du cercle de confiance, alors il y a de grandes chances pour que le
premier accroché fasse part de sa découverte aux autres.
L'effet boule de neige fait le reste : d'un membre, on passe à
un cercle, d'un cercle à un second, puis à un troisième...
Au passage, on recueille les commentaires en réaction au produit,
et on s'offre ainsi la possibilité d'améliorer celui-ci
afin qu'il corresponde mieux aux attentes du client. Et la boucle
est bouclée. L'idéal étant, bien sûr, comme
dans toute communication virale, de se faire le plus discret possible.
La cible de la campagne doit avoir l'impression d'avoir découvert
le produit elle-même : elle en parlera d'autant mieux, et « créera »
finalement elle-même le message publicitaire.

Les marques (ici Reebok) lancent leurs
propres réseaux sociaux |
Avec l'avènement
du Web 2.0, les marques peuvent également offrir aux utilisateurs
de sites de « réseautage social » des outils pour
communiquer entre eux. Untel sponsorisera une application de mise
en ligne de vidéo. Tel autre intégrera au réseau
un « advergame », petit jeu sponsorisé
où l'on invite les membres de son cercle pour une partie ou,
mieux, une compétition. Tel troisième viendra animer
un cercle en créant et en orientant un débat autour
d'une problématique liée aux solutions qu'elle propose.
Les possibilités de présence sont multiples, l'important
étant d'apparaître tout en restant discret : une communication
trop intrusive, agressive, risque d'être rapidement rejetée
par des utilisateurs qui souhaitent avant tout rester « entre
eux ».
Enfin, à l'exemple du garagiste de Philippe Coll (voir encadré),
une marque peut créer son propre site de « réseautage
social », autour d'un produit ou de son domaine d'activité.
Ainsi, Toyota a lancé son site pour les possesseurs de Toyota
hybrides (http://www.toyota.com/hybrids)
qui peuvent, une fois inscrits, partager leur passion pour leurs véhicules
et débattre autour de la thématique environnementale
qui est au cœur de ce nouveau type de moteur, mi-thermique, mi-électrique.
Avec Goruneasy.com, l'équipementier sportif Reebok, a, de son
côté, lancé une communauté de joggeurs
ou chacun peut afficher son parcours favori, diffuser la playlist
qu'il emporte dans son lecteur mp3 pour son jogging du dimanche, afficher
des photos de ses exploits...
Reste que, comme partout ailleurs sur Internet, les utilisateurs de
réseaux sociaux sont très vigilants face à la
publicité : ils ne veulent pas être « envahis »,
détestent qu'on utilise leurs données personnelles sans
prévenir (FaceBook, qui les avaient commercialisé, vient
d'en faire les frais), et sont très critiques sur la qualité
et le contenu du message publicitaire. Il faudra donc faire preuve
de transparence, de créativité, et de discrétion,
pour convertir l'énorme audience des sites de « réseautage
social » en clients potentiels.
Nicolas
Priou
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