Le
numérique renforce l'information professionnelle
«
L'écran va sauver l'écrit, et l'écrit n'a pas
dit son dernier mot. » La formule, prononcée par Fabrice
Deschamps en introduction au Palmarès 2008 de la presse professionnelle,
résume bien la situation d'un secteur qui, tout comme celui
de la presse grand public, subit de plein fouet la révolution
du numérique. Subit ? Peut-être pas. Car à bien
y regarder, les marques d'information professionnelle semblent mieux
tirer profit de la mutation en cours.
Un chiffre
d'affaires stabilisé
Premier
motif de contentement pour les acteurs de la presse professionnelle
: leur chiffre d'affaires se stabilise. Après un début
de millénaire marqué par un fort bouleversement du paysage,
les fonds d'investissement se ruant allègrement sur le secteur
pour venir y chercher des dividendes, les dernières estimations
publiées par le groupe d'expertise Xerfi laissent entrevoir
un avenir plus serein. Bien qu'en léger recul (1,2%) en 2007
avec une estimation à 1039,4 millions d'euros, du à
la baisse des revenus publicitaires, le chiffre d'affaires éditorial
repartirait à la hausse en 2008 avec une prévision de
1050,6 millions d'euros. La politique de diversification entamée
ces dernières années avec la multiplication des parutions
de guides ou d'annuaires, l'organisation d'évènements
et de formation, porte donc ses fruits. Politique appuyée par
une augmentation générale des prix d'abonnement, qui,
toujours selon Xerfi, n'a pas fait fuir démesurément
les lecteurs, puisqu'on prévoit une hausse de 1,5% des recettes
d'abonnement en 2008 ; et par une appropriation du support numérique
qui vient compenser l'affaiblissement généralisé
des revenus liés aux supports papier périodiques.
Le numérique
apprivoisé
| Côté
gratuit
Si la presse gratuite professionnelle peine à s'imposer
comme un véritable nouveau modèle en France, un
groupe semble néanmoins tirer son épingle du jeu
: GratuitPros. Tout commence avec le lancement en 2005 d'AutoGratuitPros,
titre dédié, comme son nom l'indique, aux professionnels
de l'automobile. Aujourd'hui diffusé à 93538 exemplaires
(OJD 2007), ce titre a fait des petits, puisque BâtiGratuitPros
l'a rejoint en octobre 2007, et RestoGratuitPros en octobre
dernier ; chacun ayant sa déclinaison en ligne. Le groupe
annonce être passé d'un chiffre d'affaires de 280
000 € en 2005 à... 3,2 millions en 2008 (prévisions).
Et il ne compte pas s'arrêter en si bon chemin, puisque
d'autres lancements sont prévus l'année prochaine,
ainsi qu'une extension hors de nos frontières. Affaire
à suivre.
|
Car si l'irruption d'Internet,
et plus généralement des supports numériques, ont,
dans un premier temps, perturbé l'économie du secteur
à travers l'apparition désordonnée de nouveaux
concurrents, et, notamment, la migration des petites annonces du papier
vers le numérique, ils ont finalement été littéralement
domptés par des éditeurs d'abord frileux. Les versions
numériques des supports papier se sont progressivement enrichies
pour dépasser le stade de simple « vitrine » en ligne
et devenir, comme l'explique Fabrice Deschamps, de véritables
« relais de croissance » (voir interview). Ainsi, un site
comme MarchésOnline est devenu une véritable plate-forme
d'échanges entre les acheteurs publics et les entreprises répondant
à leurs appels d'offres. Courrierdesmaires.fr, primé au
Palmarès Presse Pro, a vite compris le rôle croissant du
juridique dans le « métier » d'élu et publie
désormais une lettre hebdomadaire d'informations et d'alertes
sur ce thème. La version online du Quotidien des Médecins,
Quotimed.com, propose à ses abonnés un traitement personnalisé
de l'information tendance web 2.0, ainsi que l'accès à
de nombreux documents, des propositions de formation... Bref, les éditeurs
ont su évoluer vers une offre démultipliée de services
toujours plus personnalisés, dans le but d'accompagner le plus
complètement possible les professionnels dans la pratique quotidienne
de leur métier. Sans oublier, pour les sites les plus accomplis,
de traiter également des à côtés –
les centre d'intérêts propres à une profession par
exemple – pour attirer des annonceurs habituellement peu présents
et fidéliser toujours plus leurs lecteurs.
La valeur
ajoutée toujours payante
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Chiffres
(FNPS)
- 1 410 publications adhérentes à la Fédération
Nationale de la Presse d'information Spécialisée
- 694 éditeurs
- 449 millions d'exemplaires diffusés annuellement
- 2,05 milliards de chiffre d'affaires presse et hors presse
(part de la presse 77%)
- 16 000 salariés dont 7 300 journalistes
|
Si, enfin, la presse professionnelle se porte mieux que
beaucoup de titres grand public, c'est aussi, il faut le dire, grâce
à ses lecteurs. Non parce que ceux-ci lui sont particulièrement
plus fidèle - quoique. C'est plutôt l'exigence de ces derniers
qui joue en faveur de marques installées, perçues comme
crédibles et porteuses d'informations ayant une véritable
valeur ajoutée. Les gratuits grands publics attirent des lecteurs
pressés qui se contentent d'une information bien souvent réduite
à des gros titres. Les sites web grands publics séduisent
par leur réactivité et leur diversité. Mais quand
il s'agit de s'attaquer à l'information professionnelle, le gratuit
reste encore synonyme d'information au rabais, et les sites fraîchement
lancés pâtissent de leur manque d'image de marque et donc
de crédibilité. En persévérant dans la confection
d'offres on et offline complémentaires, sous une marque unique
bien identifiée, les éditeurs d'information professionnelle
pourraient donc être les premiers à franchir sans trop
de dégâts la chicane du passage au numérique.

Fabrice DESCHAMPS
Diplômé
de l’EDHEC Business School et du Publishing course
de Stanford (USA), Fabrice DESCHAMPS a réalisé
l’essentiel de sa carrière dans la presse professionnelle.
Il
entre en 1980 au Groupe Le Point en tant que Chef de publicité
de Vie Publique, avant de rejoindre Le Moniteur des Travaux
Publics et du Bâtiment en 1984 comme Directeur Adjoint
puis Directeur de la publicité.
Il rejoint le Groupe Liaisons en 1989 et est nommé
directeur Délégué du département
Agriculture en 1991.
En mars 1996 il prend également la Direction de
l’hebdomadaire Points de Vente.
Lors
du rachat du Groupe Liaisons par Wolters Kluwer en 1996,
il en devient Directeur Général Adjoint.
En mars 1999, il prend en charge la Direction Générale
du Pôle professionnels de la Santé (36 publications
professionnelles et revues scientifiques, 3 salons, 800
titres aux catalogues des éditions, solutions de
software pour les médecins du travail) de Wolters
Kluwer France et intègre à ce titre son
Comité Exécutif.
Début
2007, il devient Senior Vice-président du Groupe
Wolters Kluwer France, en charge du développement
on line et de la conduite des projets stratégiques
transversaux, fonction qu’il a occupé jusqu’à
mars dernier.
Il
est, depuis décembre 2007, Président de
Presse pro ; et à Présidé le Jury
2008 du Palmarès.
|
Questions
à...
...Fabrice Deschamps, président de Presse Pro
Vous avez beaucoup insisté sur le numérique
lors de votre discours d'introduction au Palmarès 2008
: quels sont selon vous les principaux progrès accomplis
?
Clairement, le numérique est désormais
un relais de croissance pour les éditeurs d'information
professionnelle. Il représente une opportunité
de vendre des services complémentaires à ceux
déjà fournis : journaux, guides et salons. Depuis
2002-2003, l'ensemble des fonds éditoriaux a été
numérisé et les archives des différents
titres sont consultables en ligne. D'autres formes de communication
se sont développées, comme les chaînes TV
en ligne associées à des marques d'information
professionnelle. Des services payants de téléchargements
de documents ou d'accès à des bases de données
on vu le jour.
Tout cela a été permis par le renforcement du
rôle des marques. Bien utilisées, elles rassurent
le cortex cérébral : le lecteur-client, j'insiste
sur l'expression, sait que, derrière une marque, il y
a une information vérifiée ET de qualité.
En la déclinant sur support numérique, l'éditeur
de presse professionnelle se donne une chance supplémentaire
de vendre du contenu.
Vous
militez donc pour le modèle payant ?
La production d'une information de qualité passe la mobilisation
de ressources : il y a des journalistes à payer. Et il
n'existe pas pour l'instant de produit de qualité qui
soit gratuit. Nous sommes à la croisée des chemins
d'une révolution en cours. Nous ne sommes donc pas doctrinaires
sur le modèle payant mais en perpétuelle adaptation
à un nouveau support et à son économie.
Nous nous posons d'ailleurs actuellement la question du nom
de notre association : presse professionnelle n'est plus adapté,
il est plus juste aujourd'hui de parler d'information professionnelle...
quelque soit le support, papier ou numérique. Et l'information
professionnelle repose sur trois principes : la qualité,
la communauté, et la marque média.
Quels
sont, selon vous, les chantiers à venir ?
Deux sujets. D'abord il faut que les éditeurs travaillent
leurs marques. On a vu, un moment, beaucoup de groupes créant
des portails sous une nouvelle identité. C'est pour moi
une erreur. La marque doit au contraire avoir un rôle
structurant, d'autant plus dans la presse où l'on peut
parler de « métamarque » : une marque qui
en fabrique d'autres à travers la publicité. Il
faut donc brander les marques de presse partout : sur le journal,
sur son site associé, sur les salons où il est
présent, et sur les livres qu'il peut éditer par
ailleurs.
Ensuite, il faut fidéliser les clients. Les portefeuilles
d'abonnés marquent une tendance à la baisse parce
que la notion de CRM a eu un impact trop faible en presse. Il
faut rattraper ce retard pour stabiliser les abonnements.
Le
gouvernement tient actuellement des états-généraux
de la presse. Dans quelle mesure les éditeurs d'information
professionnelle y participent-ils, et sur quels points de débat
comptent-ils insister ?
Le FNPS est partie prenante de ces états-généraux.
Il devrait soulever principalement trois questions. D'abord,
le chantier, clé, des droits d'auteurs : alors que le
numérique permet de décliner l'information sur
plusieurs supports, il faut une solution pour que les relations
entre éditeurs et journalistes permettent la republication.
Ensuite la question de la TVA : aujourd'hui, la TVA sur le numérique
est de 19,6%, celle sur les activités de presse de 2,1%.
Il faut résoudre le problème de cet écart
absurde. Enfin, la question des moyens permettant de renforcer
la confiance entre celui qui émet et celui qui reçoit,
dans un monde de plus en plus rapide et volatil, me paraît
importante.
Le
début des années 2000 a été marqué
par une ruée des fonds d'investissements sur les groupes
de presse professionnelle : qu'en penser au regard de la
crise actuelle ?
Le phénomène n'a pas duré et les fonds
d'investissements sont maintenant moins présents. Le
modèle LBO (Leveraged buyout, rachat par effet de levier,
NDLR) est sans-doute derrière nous. Ce qui est clair,
c'est que la presse est sous-capitalisée pour faire face
à ce dont elle à besoin. Et les fonds d'investissement
peuvent être favorables pour les rapprochements, ce qui
constitue plutôt un point positif.
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