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Historique
rapide des fondateurs
Financés
exclusivement par la publicité, présents dans une
vingtaine de pays, les journaux gratuits sont édités
essentiellement par deux groupes scandinaves très puissants,
le suédois Metro International, éditeur du quotidien
gratuit français Metro et le norvégien Scibsted,
éditeur de 20 Minutes.
Metro
: lancé le 13 février 1995 à Stockholm (Suède).
Il est détenu à 65,7 % par Metro International et
à 34,3 % par TF1 depuis septembre 2003. En 2002, toutes
éditions confondues, Metro revendique plus de 9 millions
de lecteurs, ce qui le hisserait à la 5e place des quotidiens
les plus lus au monde. Le titre est distribué dans 14 pays
et 20 villes. Dès 2002, il était diffusé sur
Marseille et Lyon. Il compte aujourd'hui 9 éditions dans
13 villes.
Le 1er février 2005, Metro s'est lancé à Nantes
(20 000 exemplaires), Rennes et Strasbourg (15 000 ex.
chacun). Il déclare 550 000 exemplaires par jour en
France. Son
lectorat est composé de 50 % de femmes.
Chiffre d'affaires multiplié par cinq en trois ans, passant
de 4,1 millions d'euros en 2002 à 20,6 millions d'euros en
2004 grâce à 659 annonceurs.
20
Minutes : lancé le 15 mars 2002 par le groupe norvégien
Shibsted, ce gratuit a onze éditions européennes,
qui sont contrôlées par 20 Min Holding. Il déclare
750 000 exemplaires par jour en France. Le quotidien est lu
par 2,2 millions de lecteurs. Il semble être le premier quotidien
sur les moins de 35 ans et le 3e sur les 25-49 ans CSP+. 90% des
lecteurs sont actifs / étudiants.
Il compte sept éditions : Paris, Lille, Lyon, Marseille,
Toulouse, Bordeaux, Nantes et Strasbourg le 14 septembre 2005.
Début mars, 20 Minutes, propriété pour
moitié du groupe Ouest France s'est installé à
Rennes. Puis en février : Lyon, Marseille et en septembre
: Toulouse, Aix-en-Provence.
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Tous
les gratuits s'accordent pour dire que cette nouvelle presse grandit quotidiennement.
Elle trouve son créneau et ses lecteurs en masse. D'après
une étude menée par Ifop à la demande d'Économie
Matin, sur 427 personnes, 90 % sont des lecteurs de journaux gratuits
comme Metro, 20 Minutes ou encore À Nous Paris. Presse
généraliste ou spécialisée, elle prend réellement
de l'assurance, de la valeur auprès du public, trois ans seulement
après son irruption brutale dans le paysage français. Cependant,
elle est toujours mal acceptée par les journaux payants qui sont
aujourd'hui des concurrents de taille. "Nous savons pourtant très
bien que la presse gratuite ne remplacera jamais la presse payante car
l'information a un coût", confie Mehdi Lounis, rédacteur
en chef du mensuel Citato.
Avec plus de 266 millions d'exemplaires distribués chaque jour
en France, ce qui représente 15 % de la circulation globale des
quotidiens, "les gratuits bouleversent les codes de la presse. Plus
nous serons nombreux, plus le marché sera en expansion", explique
Valérie Decamp, directrice générale de Metro.
La
France a dû attendre l'initiative de Metro à Stockholm
(Suède) en 1995, pour voir apparaître cette nouvelle famille
de presse. Mais très rapidement, celle-ci s'adapte au public français
et propose de nouvelles thématiques qui suivent l'évolution
de leurs modes de vie tout en se greffant sur leurs préoccupations.
De nouvelles approches des contenus et des pratiques ne cessent d'évoluer.
Les gratuits sont là pour exciter l'intérêt et, comme
ils le rappellent sans cesse, à charge pour les autres supports
de prendre le relais pour approfondir éventuellement l'information.
D'abord,
un constat : au fil des ans, la presse nationale perd des lecteurs.
De 1997 à 2003, l'audience des quotidiens nationaux a baissé
de 12 %, soit une perte de 800 000 lecteurs, d'après des chiffres
de l'EuroPQN. En 2003, tous les quotidiens nationaux ont affiché
des reculs de leur diffusion, à l'exception de La Croix
et Aujourd'hui en France. Sur l'année passée, les
ventes de certains titres comme L'Équipe, ont regagné
du terrain, à la faveur de relances éditoriales. Mais, au-delà
de ce léger redressement, la diffusion des quotidiens payants baisse
depuis 2000. Cela pose un problème, lorsque l'on sait que de nombreux
gratuits ne cessent de voir leur diffusion progresser. Les gratuits sont
donc coupables aux yeux des payants d'avoir encore un peu plus fragilisé
la presse. Ils semblent également avoir mis à mal la récession
publicitaire et la baisse de la diffusion.
Comment
qualifier cette presse d'information gratuite ?
La
presse gratuite est tout d'abord plus disponible. Elle propose une lecture
plus synthétique : des informations brèves, sans commentaires
ainsi que des recettes exclusivement publicitaires contrairement aux payants.
Les journaux gratuits, que ce soient les quotidiens, les hebdos ou les
mensuels, sont bien plus aujourd'hui à l'écoute des lecteurs
aussi bien en France qu'à l'étranger. "On peut même
parler de lecture d'affinité", explique d'une façon
générale Mehdi Lounis (Citato). Leur impact commence
à se ressentir sur le marché de la publicité et des
petites annonces. Malgré le rejet de la presse payante, les gratuits
font parler d'eux et monopolisent l'attention des lecteurs.
Qui
sont ces lecteurs de gratuits ? Chaque gratuit a son cur
de cible mais très souvent, les 15-35 ans sont les plus concernés
par ce genre de presse. Il s'agit de nouveaux individus, oubliés
de la presse payante ou simplement en dehors de ses préoccupations.
Par exemple, 49 % des lecteurs de Metro ont entre 15 et 34 ans :
25 % sont des étudiants et 49 % des femmes.
Pourquoi ? La presse gratuite est plus légère, ne néglige
pas l'actualité et surtout, elle est plus rapide. Les gratuits
sont donc entrés dans un dispositif d'accessibilité maximum.
En tout cas, pour ceux qui bougent, puisque l'essentiel de la diffusion
des gratuits d'information se réalise dans, ou près des
lieux de transit. Ils ont inventé un modèle de diffusion :
aller vers le lecteur au lieu d'attendre qu'il vienne à eux dans
les kiosques ou en s'abonnant. Ainsi, pour cibler les lieux et moments
stratégiques où placer colporteurs et présentoirs,
certains journaux utilisent des outils comme "le géomarketing
ou le chronomarketing"
Économie Matin dans son dernier bilan explique que "son
titre est lu régulièrement dans les restaurants, en attendant
l'arrivée d'une personne, ou le temps d'un déjeuner".
Cette remarque répond donc aux objectifs des gratuits : informer
rapidement sans perdre de temps. S'informer gratuitement et avec une meilleure
qualité comme le soulignent les lecteurs en général.
Chaque individu y trouve son compte. D'après les dernières
études menées par 20 Minutes, ce dernier est lu en
France par 2,2 millions de personnes, juste derrière L'Équipe.
On peut alors se dire que les jeunes retrouvent petit à petit le
goût pour la lecture. Ils constituent aujourd'hui le cur de
l'audience.
La
presse gratuite s'en sort donc et convainc les lecteurs. "Nous travaillons
avec un vrai contrat de lecture afin de remonter le niveau et de devenir"
indispensables", confie Valérie Decamp, directrice générale
de Metro. Cette presse a fait des choix aussi bien dans sa ligne
éditoriale, que dans son ton et son désir de proximité
: "les informations que l'on donne sont disponibles facilement. On
se remet en cause tout le temps et on ne se repose pas sur nos acquis",
explique Dominique Artus, rédacteur en chef d'À Nous
Paris.
Ce terme de proximité, souvent employé, prend tout son sens
ici. En effet, que ce soient Metro, 20 Minutes ou encore À
Nous Paris
tous traitent l'information et dédient ce
traitement à une cible précise, contrairement aux payants
qui sont plus généralistes, voire vieillissants pour certains.
"La presse gratuite se remet au niveau des gens. Nous souhaitons
toucher le grand public. C'est pour cela que nous devons rester humbles",
rappelle Jean-Baptiste Giraud, directeur de la rédaction d'Économie
Matin. De plus, les gratuits répondent aux attentes des lecteurs
par des sujets les concernant, des maquettes dynamiques et colorées,
et sont distribués dans des lieux de diffusion étudiés.
En d'autres termes, on peut dire que les gratuits ont innové aussi
bien sur la forme que sur les contenus dans leurs missions d'information
et de lien avec la société.
La fonction d'éveil des gratuits était assez limitée
au début. Aujourd'hui, ils ont besoin de qualité pour sortir
du lot.
Parmi les autres points forts de cette nouvelle presse, on retrouve le
souci pédagogique, la vulgarisation des informations, l'accessibilité
des données, la maîtrise des coûts, la modernité
des structures, les suppléments réguliers ainsi que les
opérations spéciales
"Grâce à ces
points forts et à notre mode de distribution, nous accédons
plus rapidement à une certaine notoriété et reconnaissance",
confie Nicolas Dupuis, chef de publicité de Baby Boy.
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Consommation
média des 15-24 ans : Internet devient le leader
L'étude commandée par l'EIAA (European Interactive
Advertising Association), en 2005, association européenne
représentant les régies publicitaires interactives,
révèle qu'Internet prend son envol et gagne du terrain
sur la télévision et la radio auprès des
jeunes européens. En France, les 15-24 ans consacreraient
31 % de leur temps à la télévision,
27 % à Internet, 25 % à la radio, 9 %
à la presse quotidienne et 8 % aux magazines.
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L'engouement
pour cette presse s'explique également par la sérieuse réputation
qu'ils commencent à avoir. "Nous pensons, avant tout, au plus
grand nombre sans faire de compromis", explique Olivier Milhomme
rédacteur en chef du magazine Sport. Et puis, bien sûr,
Internet qui contribue fortement à l'émergence des magazines
gratuits. "Les individus s'habituent à un service gratuit
comme Internet. Ils recherchent également plus d'interactivité.
Nous sommes en train de vivre une mutation des générations
qui comptent en priorité sur la gratuité des choses",
analyse encore Nicolas Dupuis (Baby Boy). Des gratuits tels que
Metro ou 20 Minutes ou certains spécialistes comme
Baby Boy ou Économie Matin sont donc très
accessibles via Internet qui contribue sans mal à la force des
gratuits. L'émergence du Net a pesé sur le budget temps
des Français et les habitudes d'accès à l'information
en n'ayant souvent à payer que l'entrée au réseau.
Internet facilite non seulement la copie, mais réduit aussi à
presque rien les coûts de distribution. Donc, très logiquement,
les gratuits sont destinés au même public que celui d'Internet,
où dominent les jeunes urbains, actifs. Ils renforcent la conviction
qu'il n'est pas toujours nécessaire de payer pour s'informer ou
accéder à la culture de masse. En France, l'extension du
gratuit progresse à la même allure que la révolution
numérique. Ainsi, en remportant un succès d'audience, les
gratuits viennent aussi troubler le jeu de l'information payante. "C'est
une consommation offerte donc facile et sans obligation", renchéri
Olivier Milhomme (Sport). D'autant plus que les jeunes sont assez
volatiles, ce qui explique notamment leur relation avec les journaux.
Et si les gratuits concurrencent la presse payante, certains espèrent
qu'ils amèneront de nouveaux lecteurs vers l'écrit : "les
journaux ne sont pas faits à l'heure actuelle pour les lecteurs.
Il faut se secouer pour que chacun retrouve sa place", met en avant
Jean-Baptiste Giraud (Économie Matin).
Lorsque
l'on parle des gratuits, il faut aussi mentionner les annonceurs. D'après
les professionnels des gratuits, ces derniers ont su très rapidement
saisir le créneau et profiter de cette nouvelle cible: "avec
notre presse, les annonceurs touchent plus de monde, plus de jeunes et
donc vendent mieux leurs marques. Ainsi, les investissements sont intéressants",
explique le rédacteur en chef de Sport, Olivier Milhomme.
Les gratuits ont quelque part crée un nouveau besoin chez les annonceurs
et donc un nouveau marché qui semble être une réelle
alternative. "Ils réinventent la presse pour les annonceurs
car les parts de marché sont de plus en plus significatives",
note Valérie Decamp, directrice de Metro.
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PRESSE
GRATUITE (liste non exhaustive)
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| À
Nous Paris |
350
000 exemplaires (source éditeur) |
| Baby
Boy |
32
000 exemplaires (source éditeur) |
| Citato |
172 360 exemplaires (OJD du 21 décembre 2004, année
civile 2004) |
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Économie Matin |
300 000 exemplaires (source éditeur) |
| Femme
en ville |
501
900 exemplaires (OJD du 6 janvier 2005, année civile 2004)
|
| Homme
en ville |
300
000 exemplaires (source éditeur) |
| Metro |
PARIS:
303 100 exemplaires (OJD du 23 février 2005, année civile
2004)
LYON: 32 809 exemplaires (OJD du 23 février 2005, année
civile 2004)
MARSEILLE, AIX, AUBAGNE ET TOULON: 63 748 exemplaires (OJD du 23 février
2005, année civile 2004)
LILLE: 22 681 exemplaires (OJD du 23 février 2005, année
civile 2004)
TOULOUSE: 20 660 exemplaires (OJD du 23 février 2005, année
civile 2004)
BORDEAUX: 20 013 exemplaires (OJD du 23 février 2005, année
civile 2004)
NICE:
25 000 exemplaires (source éditeur)
STRASBOURG: 15 000 exemplaires (source éditeur)
OUEST: 35 000 exemplaires dont Nantes: 20 000 et Rennes: 15 000 exemplaires
(source éditeur)
(OJD du 23 février 2005, année civile 2004) |
| 20
Minutes |
414
169 (OJD du 12 janvier 2005, année civile 2004) |
| Newzy |
141
667 exemplaires (OJD du 15 octobre 2004, année civile 2004) |
| Sport |
600
000 exemplaires (source éditeur) |
Aujourd'hui,
lorsque l'on regarde les chiffres de diffusion (voir tableau), on constate
que les gratuits se portent bien. Toutefois, tous les titres interrogés
pensent qu'il y a encore des efforts à fournir pour améliorer
la qualité de cette presse ainsi que sa légitimité
et sa crédibilité. "Il faut que les gratuits obtiennent
la même notoriété que les payants. Nous devons nous
tourner vers une complémentarité des journaux", observent
simultanément Citato et Baby Boy. Avec une presse
diversifiée, chaque individu y trouvera son compte. " Nous
devons arriver à une concurrence loyale avec des lecteurs fidèles ",
précise Jean-Baptiste Giraud, directeur de la rédaction
d'Économie Matin. Sans oublier que l'avenir des gratuits
passe aussi par la distribution "la distribution en kiosque serait
plus aisée. Nos titres seraient disponibles comme les autres",
continue Jean-Baptiste Giraud. Hervé Pointillard (P-DG de Femme
en ville, Homme en ville) va plus loin : "il faut plus
d'investissement pour obtenir une diffusion rapide". Quant à
Valérie Decamp, elle rajoute que la presse gratuite a un vrai avenir
en fidélisant les lecteurs et cela passera notamment par "la
périodicité et la puissance de la marque". En fait,
"la presse écrite survivra si chacun est capable d'apporter
une vraie valeur ajoutée et d'affiner un positionnement éditorial".
On
peut cependant se demander si cette presse ne pourrait pas risquer de
se transformer en instrument de marketing car elle a conquis les 18-40
ans par "un marketing produit" (information rapide, digest),
"un marketing distribution" (mise en disposition en affinité
avec les modes de vie), "un marketing prix" (le "low cost"
poussé à l'extrême : la gratuité). Ces titres
sont encore aujourd'hui et ce, malgré leur meilleure qualité,
considérés comme des journaux au rabais avec une valeur
ajoutée moindre et un faible travail de journalisme. Dominique
Artus (À Nous Paris) rappelle que "les gratuits fonctionnent
si le concept rédactionnel tient la route ainsi que le réseau
de diffusion".
Ainsi
donc, même s'il est encore difficile de mesurer leur réel
impact sur l'ensemble de la presse écrite, il faut désormais
compter avec les gratuits et leur image de marque qui ne cesse de progresser.
"Je crois que la presse gratuite donne des leçons aux payants
et c'est un tremplin vers une meilleure presse, vers un équilibre",
précise encore le directeur d'Économie Matin. Hervé
Pointillard (Femme en ville, Homme en ville), termine en disant
simplement que "les payants se trompent de combat. Pour subsister
aujourd'hui, il faut lutter contre les autres médias et redorer
le blason de la presse écrite en générale".
Les
journaux gratuits interviewés dans le cadre de ce dossier nous
ont fait part de leurs projets de développement. On constate qu'ils
continuent progressivement leur ascension :
À Nous Paris souhaite lancer prochainement des titres en
province et consolider ses lancements. Baby Boy désire un
décrochage en province, augmenter sa pagination et se faire connaître
plus largement. Sport se projette dans l'avenir et souhaite décliner
son titre à l'étranger. Économie Matin se
tourne vers le Net, augmente sa pagination à la rentrée
de septembre, élabore des projets dans d'autres régions
de France et à l'étranger
Citato, quant à
lui, veut vendre des abonnements dans tous les lycées pour réduire
ses frais de port. Metro continue de décliner le quotidien,
avec d'autres thématiques et le renforcement du site Internet.
Enfin, Homme en ville s'atèle à la création
d'un supplément high-tech
Emmanuelle
Kalfon
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