Vers
un luxe 2.0
«
C'est la crise ! », nous dit-on ? Pourtant, les marques de luxe
semblent se démocratiser, du moins de notre côté
de la planète : de plus en plus de gens ont accès à
des produits « de luxe » toujours plus nombreux et diversifiés.
C'est que la perception du luxe même est en train de changer.
Les notions d'argent et de statut laissent peu à peu place
à celles de plaisir, d'affinité, de rareté. La
communication des marques change elle aussi. Internet, d'abord craint
et délaissé, est progressivement colonisé. Pour
devenir LE pilier du marketing de luxe ?
Une perception
du luxe très changeante
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Roederer
: l'histoire d'un Champagne

Pour Roederer, pas question pour l'instant de vendre son Champagne
en ligne. La marque joue en revanche sur le lien existant, depuis
toujours, entre les Roederer et l'art à travers le mécénat
: le fondateur de la maison, Louis, était un grand ami
des sociétés savantes de la révolution
et des encyclopédistes, son fils a constitué l'une
des bibliothèques les plus riches de France, et la maison
est depuis 2003 un partenaire régulier des créations
artistiques, notamment à la Bibliothèque Nationale
de France. Du coup, le site Champagne-roederer.com se scinde
en deux parties : l'une vouée à l'art, avec la
mise en valeur d'événements de part le monde –
en ce moment « The Shakespeare and company litteray festival
» - et l'autre vouée au Champagne, avec notamment
une belle animation sur l'élaboration et la fabrication
du célèbre vin pétillant. |
Le
luxe, signe extérieur de richesse, moyen d'afficher au grand
jour son statut social ? L'affirmation est de moins en moins vraie.
A regarder de plus près les résultats de l'étude
World Luxury Tracking, réalisée par Ipsos pour l'Association
des Professionnels du Luxe, un glissement de valeur s'opère
d'un luxe statutaire vers un luxe hédoniste.
Le plaisir, un plaisir personnel et individualiste, est devenu pour
les consommateurs des pays développés le premier motif
de consommation de produits de luxe. Un plaisir, qui, pour l'acheteur,
est l'aboutissement d'un effort consenti en vue de son acquisition.
Ainsi, 73% des personnes interrogées par Ipsos considèrent
que le luxe est une « récompense que l’on
s’offre ». Pour 71% des individus, il s’agit
d’un « pur plaisir, un moment d’émotion
». Et 70% pensent que le luxe permet de « vivre entouré
de très beaux objets ». On consomme donc le luxe
pour soi, et le but est d'améliorer son environnement personnel
plutôt que d'étaler son opulence au vu et au su de tout
le monde.
Etrangement, ce glissement de valeur n'est pas une affaire de génération.
Ni de sexe. Etant donnée la visibilité croissante dont
bénéficient les produits de luxe – pubs télé,
presse, défilés permanents de stars habillées
par les marques des pieds à la tête dans les grands événements
(Cannes) et les cérémonies de remises de prix –
on aurait pu croire que les jeunes, habitués à cette
proximité, auraient des marques de luxe une perception décalée
par rapport à leurs ainés. Il n'en est rien. Hommes
ou femmes, jeunes ou anciens, tous partagent désormais cette
vision d'un luxe voué avant tout au contentement de soi, qui
déclenche un sentiment presque narcissique.
Attention toutefois, ce glissement ne signifie pas la disparition
de la dimension statutaire. Acheter le très haut de gamme confère
toujours, au moins aux yeux des autres, une dimension sociale à
part, synonyme de réussite ou de richesse. 63% des personnes
interrogées par Ipsos considèrent encore le luxe comme
« un signe de réussite sociale ».
Et si dans un premier temps l'étude World Luxury Tracking montre
une belle unanimité des répondants dans leur perception
des valeurs du luxe ; celle-ci laisse place à d'étonnantes
disparités quand on s'intéresse aux particularismes
locaux. Ainsi, alors que partout la dimension patrimoniale des marques
de luxe tend à s'estomper – seuls 50% des sondés
considèrent le luxe comme une affaire de « tradition,
d'héritage, de savoir-faire » et seulement 44% qu'il
s'agit d'un « investissement à long terme »
- Français et Japonais accordent plus d'importance à
ces deux aspects que les autres. Eux recherchent encore les valeurs
sûres et les marques inscrites dans le temps long du savoir-faire
et de la création.
On
relève également, pêle-mêle : que les Anglais
« notent » mieux le luxe que les Français (7,3/10
contre 5,9/10) ; qu'en Espagne, la dépense « luxe »
reste entachée par la culpabilité d'acheter quelque
chose qui n'est pas forcément utile et que d'autres ne peuvent
s'offrir ; que les Britanniques attachent une grande importance au
moment de l'achat qui doit constituer « une parenthèse
enchantée »...
Côté marques, notons que les marques françaises
restent largement dominantes quand on demande aux sondés de
citer spontanément trois marques de luxe ; mais que cette domination
laisse tout de même émerger, dans chaque pays, quelques
grands leaders locaux.
Internet,
luxe, et affinité
Autre enseignement
de ces dernières années, qui découle en partie
de la dimension « récompense » abordée plus
haut : le luxe se démocratise. D'abord, bien sûr, du
fait de la mondialisation : celle-ci a ouvert le marché du
luxe à un certain nombre de jeunes fortunes des pays émergents
ou de l'ex bloc de l'est. Mais aussi parce qu'aujourd'hui, les consommateurs
des classes moyennes osent et peuvent plus fréquemment acheter
un produit luxueux, même s'il ne s'agit que d'un accessoire.
Du coup, les marques cherchent de nouveaux débouchés
pour éviter la « phobie du pas de porte », ce sentiment
qui freine les moins fortunés au moment de franchir l'entrée
d'une boutique de luxe. Et Internet se pose là : d'après
le bureau d'étude Precepta (groupe Xerfi), les ventes en ligne
de produits de luxe devraient progresser de 130% en 2008. C'est que
le web, avec ses immenses possibilités techniques, répond
à nombres de problématiques de communication des marques
de luxe. Il est, d'abord, LE nouveau lieu de la créativité
: une marque peut y transporter son univers, aussi bien avec de belles
photos qu'à travers la création d'événements,
de parcours, l'utilisation d'images et de citations de stars... Il
est aussi un haut lieu de personnalisation, grand créneau du
luxe s'il en est avec le « sur mesure ». Avec Internet,
les grandes marques peuvent non seulement s'adresser à chaque
client de manière très individualisée, de manière
à ce que chaque consommateur pense qu'on ne parle qu'à
lui ; mais elles peuvent aussi proposer des produits « customisables
» à volonté. Le web peut être un moyen d'offrir
au consommateur un certain nombre de services autour du produit en
lui-même : coaching, divertissements, histoire du produit ou
de son processus de création, témoignages... Enfin,
on le voit avec la multiplication des sites de réseaux sociaux,
la toile représente un formidable vecteur de connivence. Chaque
visite peut être l'occasion pour une marque de faire sentir
au consommateur qu'en achetant ses produits, il entre dans un monde
à part, dans un cercle fermé de gens qui, comme lui,
ont le « privilège » de détenir telle ou
telle chose.
Cette puissance du média Internet n'a d'abord eu que peu de
retentissement en France : les marques présentes sur la toile
se contentaient de faire de l'image, de mettre en ligne une simple
vitrine supplémentaire. Mais la tendance s'inverse et, depuis
deux ou trois ans maintenant, tout le monde s'y met !
Les 3 règles
pour un luxe en ligne
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Boucheron
: des bijoux sur mesure

Contrairement au champenois, le joaillier, lui, mise tout sur
l'e-commerce. Derrière une première page mettant
en valeur sa boutique de la place Vendôme, Boucheron offre
sur son site l'intégralité des services auxquels
les clients ont normalement accès dans ses 35 magasins
à travers le monde. Visuellement, c'est assez sobre ;
l'ergonomie laisse quelquefois à désirer ; mais
Boucheron.com laisse entrevoir les grandes possibilités
des marques de luxe sur le net à travers son onglet «
sur mesure ». Là, on trouve une page où
le client peut faire fabriquer comme il le souhaite bagues,
bracelets de montre et autre bouton de manchette : on choisit
son métal, sa pierre précieuse et la taille de
cette dernière, son tour de doigt... Un bijou de personnalisation
!
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Face à
ce débarquement général des grands du luxe sur
Internet, la régie de Microsoft a dégagé d'une
étude de l'Institut Essential un certain nombre de règles
à suivre.
Première
règle, faire preuve d'une créativité sans limite.
Une marque de luxe ayant forcément une histoire, une identité
forte, des codes... tous ceux-ci doivent être développés,
voire enrichis, sur le web. L'idée principale étant
de faire vivre à l'internaute qui débarque sur un site
de marque une expérience au moins aussi forte que ce qu'il
aurait éprouvé en entrant dans un magasin.
Deuxième règle : un site de luxe doit être un
lieu d'exploration. Le visiteur ne doit pas y trouver une simple déclinaison
en ligne du magasin, mais il doit pouvoir découvrir en naviguant
des choses auxquelles il n'aurait pas forcément accès
entre quatre murs : histoire de la marque, coulisses, témoignages,
sons, images... Tout cela ayant pour but de provoquer, troisième
conseil, un sentiment d'appartenance à une communauté.
Acheter du luxe, c'est plus que jamais montrer son attachement à
l'univers d'une marque. En retour, celle-ci doit montrer son attachement
au client en lui faisant ressentir qu'il est unique, qu'il est « membre
du club » : offres exclusives, sollicitations, avant-premières...
tout est bon pour montrer à l'acheteur qu'on s'occupe personnellement
de lui, comme un vendeur le ferait dans une boutique.
Troisième règle enfin, qui peut paraître évidente
: prix et lieux de vente doivent être indiqués. Le web
comme vitrine, c'est bien, mais le web comme vecteur d'achat, c'est
encore mieux !
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Le
luxe sauveur de la presse ?
Crise économique ou pas, la presse semble
plus que jamais faire ses choux gras des annonceurs du secteur
luxe. Déjà très présents dans les
premières pages des news hebdos, ces derniers sont littéralement
dragués par la plupart des nouvelles publications. Et cela
semble fonctionner : dernier sorti en date sur le créneau,
le masculin haut de gamme GQ aurait, selon les résultats
NMPP, atteint ses objectifs de diffusion dès son deuxième
numéro : 77 758 exemplaires vendus en moyenne pour les
n° 2, 3 et 4 ! Côté féminin, Prisma lançait
en mai dernier le magazine Femmes, dédié
au « luxe portable ». Les deux quotidiens économiques
français, Les Echos et La Tribune, s'arrachent
eux aussi les annonceurs, avec Série Limitée,
mensuel luxe et art de vivre pour le premier, et La Tribune
& Moi, trimestriel haut de gamme pour le second. Autre
recette : les suppléments luxe de fin d'année. Fort
du succès de son premier essai en la matière, Capital
remet le couvert fin novembre avec un second Capital
Tentations. Tout comme Géo qui, début
décembre, en sera à la troisième mouture
de son Géo Exception. Enfin, les éditions
Jalou, spécialisées dans la presse féminine
de luxe, ont pris l'initiative de cacher dans trois exemplaires
de L'Officiel de décembre 2008, trois diamants
d'un carat d'une valeur unitaire de 26 000 € ! Bref, si la
pub de luxe peut énerver certains par son abondance –
les lecteurs – il semble que d'autres ne lui trouvent que
des avantages – les éditeurs. De là à
penser que les annonceurs du luxe sont en passe de sauver la presse
écrite ?
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